jeudi 22 juin 2017

Vénérable mais si fragile: le dolmen de Vaour

Le dolmen de Vaour
Inquiétude

Samedi 29 mai 2017



 Secteur : Grésigne et Cordais


Commune : Vaour

Météo : beau ciel bleu



Participants : Christophe et Bernard A. rencontrent Odile ALÈGRE et Bernard HOLDERLÉ


Sites visités : le dolmen de Vaour
 
Voitures : Christophe et Bernard A.


Une reconnaissance ancienne

Portons notre attention sur un monument incontournable pour qui veut connaitre la Préhistoire tarnaise. Je veux parler du dolmen de Vaour dit "La Peyro"(1).

C'est le plus grand dolmen du Tarn coincé entre deux départementales, loin du village, et inscrit sur la liste des Monuments historiques dès 1889, il fut fréquenté à toutes les époques. On trouva des indices gallo-romains dans la chambre funéraire.

Pour ne parler que du domaine officiel, ce mégalithe a fait l'objet de deux grandes campagnes de fouilles. En 1984, avec Jean Lautier. Plus importante, en 1994 sous la direction de Bernard Pajot.

Le tumulus de forme trapézoïdale qui couvrait la tombe, à proprement parler, a aujourd'hui disparu comme dans l'écrasante majorité des cas. Ce tumulus consistait en un amas gigantesque de pierres. Restait, des plus précieux, les murettes de clôture en pierres sèches  qui délimitaient le périmètre du monument. Elles furent mises au jour lors de la fouille de Bernard Pajot (2).


Péril en la demeure des morts


Les murettes de clôture, c'est bien là que le bât blesse. Des inconnus peu scrupuleux grattent le sol en quête de je ne sais quoi de précieux. Il n'hésitent pas à défoncer le dispositif en partie remontée par les fouilleurs voilà plus de vingt ans. Il convenait de prévenir ce genre d'exactions. Il est à signaler que le sol sous la chambre a été bétonné à l'époque de Jean Lautier. Hélas, le reste de la zone demeure très sensible. Les images en témoignent.



Acte de vandalisme, côté montant latéral droit. A gauche vue de l'ouverture de la chambre funéraire.

Un trou au niveau des clôtures


Conformément aux recommandations de la DRAC, la mairie de Vaour a couvert de gravier tassé les alentours du dolmen. La pause d'un géotextile ne devrait pas tarder.

Couverture de gravier...




... en attendant mieux.



Réflexion pour le long terme

Autour du dolmen, reste à ce jour que les aménagements font défaut afin de mettre en valeur le monument. Ils se réduisent à une aire de parking gravillonnée. La DDE n'hésite pas quelquefois à déposer des encombrants. De par son isolement, toutes les audaces sont permises. Rappelons que le site est inscrit sur la liste des Monuments historiques.


Tous les partenaires sont alertés et  bien conscients de la situation : DRAC, CDAT, mairie de Vaour, Fondation du Patrimoine. À n'en pas douter, dans quelques années, les projets devraient fleurir. Les exemples ne manquent pas de mise en valeur de ces dolmens en France et dans notre région d'Occitanie.


Notes

(1) - Vous êtes invités pour la question des dolmens à vous reporter au commentaire de la Peyroseco de Roussayroles en mai 2016. http://capa-archeo.blogspot.fr/search?q=peyroseco

(2) - Voilà ci-dessous - à peu de chose près car sa forme est plutôt trapézoïdale que circulaire - ce que le tumulus offrait comme paysage il y a 5 000 ans. Aujourd'hui, ne nous reste qu'une partie de l'armature intérieure: le dolmen.



Sous le noir le dolmen, la murette en orange similaire à celle de Vaour.









Vues en coupe du dolmen de Vaour. Dessin de Bernard Pajot.










mardi 20 juin 2017

Un souterrain modeste à la fonction énigmatique à Marssac





Les vestiges d'un souterrain à Marssac
Mise en lumière

Samedi 13 mai 2017



 Secteur Albi, Tarn et Dadou

Commune : Marssac-sur-Tarn

Météo : chaude et lourde

Participants : Régine, Dominique,  Bernadette, Louis, Yann, Franck, Christian, Christophe, Charlette, Alain et de très nombreux marsacois et marsacoises.

Sites visités : souterrain de Marssac et site de Rieumas
 

Voitures : Christophe et Christian 




Coude du souterrain. A l'intérieur de la galerie, les pieds dans l'eau.

Marssac-sur-Tarn, c'était la première fois que le CAPA investiguait dans cette commune où l'accueil fut des plus sympathique. Dominique nous offrit l'opportunité d'une rencontre avec Anne-Marie Rosé, maire de la commune, et du propriétaire des lieux, monsieur Miani, tous les deux à différents titres fort concernés par les origines de ce patrimoine si particulier que sont les souterrains.


L'opération consistait à visiter le petit souterrain qui borde la berge du Tarn.


 Brèves considérations sur l'histoire ancienne du bourg de Marssac


Localisation du souterrain sur la cadastre napoléonien en 1808. Le souterrain est dans la continuité de la rue du port vers la rivière.
Sources: Archives du Tarn
Il semble que le village en rive gauche qui se développe peut-être autour d'un château dés le XIIe siècle est lié au bac sur le Tarn. Ce bac qui bordait le chemin reliant Toulouse à Albi est bien plus en aval que le pont actuel(1). 

Sur le plan cadastral du tout début XIXe siècle, il apparait assez clairement deux nodules cohérents d'habitats distincts mais en lien. L'un à l'ouest, le plus petit, le plus ancien, autour de la Place de la Chapelle. L'autre, à l'est, plus vaste, au-delà de la rue du port. Mené par notre ami Pierre Cabot, le sondage, place de la Chapelle en 2010, n'a pas permis une lecture très clair du lieu hélas.

Le-dit souterrain se localise rue du Nord. Son ouverture est côté rivière mais il passe sous la rue. Il est a une cinquantaine de mètres de la rive, percé dans un talus. Ce souterrain, Jean Lautier le visite pour la première fois à l'automne 1963(2) en compagnie d'André Thubières. Tous les deux voient en lui un silo aménagé pour être drainé.



Le souterrain de Marssac définit comme un silo par Jean Lautier. Plan de Jean Lautier dans la R. du T. de 1963
A l'extérieur, en surface, le souterrain n'est pas actuellement, couvert par un bâtiment.


L'accès

 
Sous la bouche en métal, une entrée type opercule de silo.


Il n'est peut être pas l'accès d'origine mais c'est le seul moyen de pénétrer dans le souterrain aujourd'hui.


Il s'effectue par un conduit vertical cylindrique. Mais à la différence d'un puits le goulot s'élargit jusqu'à atteindre 2,50 m de largeur.


On descend sur 3 m  pour atteindre un plancher. Cela s'est fait à l'aide d'une échelle.

Au-dessus de votre tête, une voute faite d'un empilement circulaire de briques posées à plat. Elles sont en encorbellement, liées par un mortier épais et reposent sur le substrat


Entrée du souterrain vue du plancher.


L'entrée peut faire penser à un silo dans son profil mais comporte une partie aménagée en brique qui consolide le haut du monument.

Une galerie unique 

La faible dureté de la roche(calcaire molassique du tertiaire) et sa relative homogénéité ont permis un creusement relativement facile au pic. Les traces sont très visibles.

 
Traces de pic.

  
Dans une continuité, deux galeries s'offrent à vous. Une vers le nord vous engage côté rivière. Une vers le sud va vers le village. Elles avancent toutes les deux à l'horizontal.

Celle du nord avec un faitage en briques de terre cuite disposées en batière est obstruée et inaccessible à cause de son étroitesse. On peut l'éclairer sur un à peine un mètre.
Est-ce une conduite d'évacuation des eaux ?









Galerie nord qui va en direction de la rivière obstrué par des déchets et des sédiments. Les mur en pierre sont chemisés par des briques. Largeur: 80 cm.

Celle du sud, inondée sur une profondeur de 30 cm, en revanche s'étire sur 8 mètres. Elle comptait une porte à son départ(3) et comprend encore deux niches à lampe. Le couloir est fractionné par un coude. Il se termine en cul-de-sac avec un drain d'où arriverait l'eau.

 
Vue de la conduite sud d'un mètre de large envahie par l'eau après le coude. Cul-de-sac avec sur la gauche, un drain sous la mire.




Niche à lampe.


 
Système pour installer une fermeture.


Voûté plein cintre, on peut penser que l'ouvrage a été réalisé par un professionnel.
Tel est ce monument des plus curieux.

Le lieu a servi un temps de dépotoir. Il est connu des marssacois. A une époque, il était même une terre d'aventure, objet de spéculation. Certains expliquaient qu'il traversait la rivière.

Un souterrain géométrique "sans cellule" 

Nous ne reviendrons pas sur les origines des souterrains et leur étude, le thème a déjà été traité sur ce même blog(4). Ici, c'est l'originalité du monument qui interpelle.

L'étroitesse des galeries, l'absence remarquable de salle, la très faible étendue du réseau,  défient la logique classique des souterrains; qu'est-ce à dire?

D'abord, il est fort probable que ce réseau soit partiel et qu'une salle se tenait au bord du Tarn afin de permettre le stockage.

Est-il seulement une galerie de drainage en complément d'un silo comme le laisse à penser Jean Lautier  au vue de la galerie unique. Mais pourquoi un coude alors? Pourquoi une porte? Pourquoi la lumière? L'entretien est-il si compliqué?


 Un usage sûrement très terre à terre

Une cavité destinée au stockage des marchandises liée au port tout proche semble être la proposition la moins contestable.

Par ailleurs, sans conteste, la présence de la brique fait penser à un aménagement qui ne peut guère remonter au-delà du XVIe siècle. Qu'en était-il avant ? Quelles sont le étapes qui on conduit à la structure finale? Est-il lié à la place forte certifiée au XIIIe siècle. 

Au moins, la visite si elle n'a pas permis de répondre à ces questions a été l'occasion d'assouvir la curiosité des grands et des petits.




Notes

(1) Construit seulement à la fin du XVIIIe siècle suite à des noyades fréquentes 
(2) C'est juste suite à sa découverte. La venue du SCA donne suite à un article dans la "Revue du Tarn" peu après. Un plan est levé.
(3) Une feuillure de porte est visible
(4) mercredi 18 mars 2015 Au coeur d'un souterrain aménagé au Moyen Âge



mercredi 7 juin 2017

Patrimoine des deux rives

Le CAPA avec l'association Pitule&Bidouille vous proposent un voyage interactif et culturel au bord du Tarn d'Arthès à Ambialet. Sous forme de photos, de films, de sons, vous y trouverez des lieux patrimoniaux à visiter lors de la période estivale. Vous y rencontrer aussi des acteurs de ce territoire original.

Cliquez ici pour accéder à la carte

samedi 6 mai 2017

Le destin d'une collection de meules à grain gallo-romaines



 
Vers une future collection Frégeyres

mardi 25 avril 2017


Secteur Viaur, Aveyron

Commune: Le Riols, Saint-Martin-Laguépie
Météo: ensoleillée

Participants : Pierre, Pierre, Louis, Yann, Franck, Rosie, Yvonne, Marc, Christian, Christophe, Charlette, Alain

Sites visités : le site de Marèze
 

Voitures :  Pierre, Christophe, Louis

Portions de meules gallo-romaines en série dans une cour du Riols

C'était mardi 25 avril. Le CAPA a répondu "en masse" à l'invitation de François Boyer et Pierre Caussade, grands connaisseurs des techniques de la fabrication de farine aux époques gauloise et romaine.

Rendez-vous nous avait été donné au Riols. Après les présentations d'usage, nous a été montrée pas moins d'une centaine de meules typiquement gallo-romaines issues de l'énorme amoncellement de rebuts et de débris de taille de la carrière de Maréze (1) déjà traitée sur notre blog. Presque trois tonnes. C'est dire...

On y voit meta à base cylindrique en cône, catillus en creux, ébauches préformées, ratés bien reconnaissables.

C'est André Frégeyres qui les a extraites, des années durant, d'une parcelle en sa possession. Curieux, il a réuni les pièces dans sa ferme transformant le lieu en véritable petit musée à ciel ouvert.

Son fils, Michel, s'interroge à présent sur la destinée de cette collection originale.


Encombrantes, mais oh combien précieuses, car il est bien difficile dans la carrière de retrouver aujourd'hui des témoignages aussi parlants tant les ramassages intempestifs ont été nombreux depuis les années cinquante. 


Le lot, étudié en partie par Christian Servelle et Émilie Thomas (2), fera l'objet d'une étude plus approfondie dans les mois qui viennent. Celle de notre ami, Pierre Caussade. Le CAPA lui portera assistance autant qu'il lui sera possible.

Temporairement, le séchoir servira d'entrepôt et la laiterie de cabinet d'étude. Une affaire à suivre...

Meules de même gabarit ramassées au pied de la carrière de Marèze. Toutes sont en grès grossier agglomérant des graviers de quartz.



Beau catillus avec trou pour emboiter le manchon.

Portion de meta, la meule dormante

Visite des lieux avec le propriétaire

Le séchoir, nouvelle destination pour les meules enfin à l'abri des intempéries.

Notes

(1) -  Déjà traité sur notre blog

(2) - Christian Servelle et Émilie Thomas dans « Les meulière protohistoriques et antiques de La Marèze (Saint-Martin-Laguépie et Le Riols, Tarn): matières premières, modalités d'exploitation et de façonnage, diffusion de la production » tiré du livre Les Rutènes. Du peuple à la cité, Bordeaux, 2011 ». 

samedi 1 avril 2017

Pisolithes de goethite à Penne



Les petits secrets de la forêt II
Des pisolithes de goethite à foison (Penne)

Samedi 11 mars


Secteur : Aveyron, Grésigne et alentours

Commune : Penne

Météo : chaleur et belle lumière de mars

Participants Benjamin, Clémence, Yvonne, Rosy, Pierre, Bernadette, Régine, Christophe, Bernard, Charlette, Louis F. et René
Sites visités : gîtes de fer et carrière de phosphate dans la forêt de la Garrigue + les abris aménagés des Battuts bas

Site évoqué: une grotte des maquisards dans la forêt de la Garrigue
 
Voitures : Pierre, Louis et Bernard

La forêt de la Garrigue au nord de Penne réserve des poches d'argiles ferrugineuses et des carrières de phosphate. Source: carte IGN au 1/25 000
Si le fer météoritique a été exploité très tôt par martelage, le fer à l'état de minerai requérait "une réduction" des oxydes à des température avoisinantes les 1600°C. Aussi, ce n'est qu'à partir du VIIIe siècle av. notre ère qu'apparaissent les premiers objets de fer (1).  Et encore, pas partout en Europe. L'abondance de ce minerai et sa dureté entraîna la quasi disparition du bronze, tout au moins pour les outils et les armes.

En effet, le fer exige une métallurgie plus difficile à maîtriser. Impossible pour nos lointains ancêtres de le fondre mais seulement de le "réduire". Le fer est récupéré grâce à des fours, puis mis en forme par forgeage. Cette métallurgie n'a pu se développer grâce à des connaissance et des pratiques complexes dont des archéologues retracent les grandes étapes depuis une bonne trentaine d'années.

Dépôts dans les karsts


Notre visite nous porta à la découverte de gîtes de minerai de fer à Penne sur la rive droite de l'Aveyron. Guidés par Bernard, nous avons observé des "gorges" sèches profondes à l'est de la forêt de la Garrigue. À découvert, elles sont creusées naturellement dans les calcaires bajociens jusqu'à cinq mètres de profondeur. À l'intérieur, des phénomènes de ferruginisation sont  bien visibles.



Crevasses prenant la forme de tranchées sur une centaine de mètres.
Pour peu qu'on y prête attention, les parois présentent des poches argileuses qui contiennent des nodules ferreux extrêmement petits sous forme de billes. Ces billes sont aussi déposées par l'érosion. Elles jonchent les sols argileux partout, y compris à l'extérieur des crevasses.

Dans certains cas, dans certaines régions, à des époques anciennes, ces billes dites "pisolithes" furent exploitées. D'abord séparés de leur gangue d'argile par lavage, on les chauffait ensuite une première fois pour augmenter la teneur en fer. Enfin, des bas-fourneaux permettaient la fabrication du métal. Le site de Boécourt dans le Jura suisse éclaire toute la nature de ce travail à l'époque mérovingienne.

Coulée de pisolithes de goethite incrustés dans les argiles.

Vision rapprochée des pisolithes dans leur gangue d'argile. Teneur en fer estimée autour de 50%.
Ici, à Penne, pas de trace évidente d'activité d'extraction, ni de lavage, ni de transformation. Il faut dire que le lieu dense en végétation se prête mal à l'observation au sol. C'est pourquoi nous avons cessé nos investigations de recherche. Il est à signaler qu'il n'est pas exclu que ces crevasses naturelles aient pu être aménagées, surcreusées pour récupérer du minerai. Mais en l'état de nos connaissances et observations, il est bien difficile de l'assurer.
 
Pisolithes au sol lavée par les écoulements

Un engrais minéral nommé H3 PO4


Dans un deuxième temps, nous visitâmes "discrètement"(2) une carrière à ciel ouvert de phosphate de chaux. Un chemin descend entre deux grandes parois d'une dizaine de mètres de hauteur. Il conduit à la grande chambre d'exploitation ouverte sur le haut par un trou(3) comme une cheminée.



Impressionnante, elle témoigne d'une l'époque d'optimum démographique dans les campagnes. Fin XIXe siècle, l'abandon progressif  de la jachère exige d'autres moyens pour nourrir les sols afin d'alimenter les hommes toujours plus nombreux. Les fertilisants naturels comme la bouse et même la colombine n'y suffisent plus.


On ajoute alors des engrais à base de minéraux. Entre autres, les phosphates. On ira jusqu'à parler d'une "révolution chimique" dans le monde des campagnes. A proximité des routes, des carrières s'ouvrent. Elles sont parfois à l'origine d'un commerce juteux. Aujourd'hui, le phosphate nous vient de Lituanie, de Russie ou du Maroc.



Un buvard vante le phosphate de chaux fin XIXe siècle. Notez l'extrême attention apportée à crédibiliser un produit souvent trafiquée et objet de toutes les fraudes.


Ouverture de la grande salle d'exploitation, un piège pour de nombreuses feuilles.
Un site troglodytique: la nature mise à profit pour vivre

Affleurement de calcaire bajocien grisâtre / oranger en bancs mal définis. Ils sont souvent perforés. Nature plus ondulées dans les creux où on distingue des surfaces à oolithes dans une matrice carbonatée.
La deuxième partie de l'après-midi fut consacrée à une visite des bords de l'Aveyron. Aux Battuts, plus exactement. Le site se trouve à l'écart de tout habitat actuel (4). Sous des falaises surplombantes de 30 à 40 mètres de hauteur, au dessus d'un talus peuplé d'un enchevêtrement de buis couvert de mousse, une série de traces d'aménagement est associée à des éléments naturels (5). La rivière coule un peu plus bas. Aujourd'hui des rideaux de buis la dérobent à la vue. Tout au moins au pied de la falaise.

Traces d'encoche de solivage sur plusieurs niveaux


De plain-pied, une enfilade de structures aménagées


La roche plutôt tendre est propice aux creusements en tous genres (6). Se succèdent des abris rupestres sous encorbellement parfois murés. Tout autour les calcaires sont criblés d'encoches de solivage. La SSPCV en a décompté une cinquantaine. Autant de traces de la présence de structures en bois aujourd'hui disparues. En outre, on note aussi l'existence de murs et d'enclos maçonnés collés par un bout à la falaise.


Relevé des structures fait par l'équipe de Bernard Valette et Robert Coustet. Présence de cabanes, d'enclos sous l'encorbellement de la falaise.

Cavité naturelle surcreusée dans le substrat à des fins indéterminées avec niches, silo comblé, trous et des banquettes à gauche. On parle d'une architecture de détournement qui tire partie d'une situation préexistante pour l'adapter à des besoins immédiats. Aucun soin particulier n'est apporté dans la taille de la roche.

En hauteur, deux éléments remarquables

Deux éléments originaux caractérisent le site autour d'une cavité perchée. Aujourd'hui, impossible d'y accéder sans matériel d'escalade. Nous suivons les descriptions de la SSPCV.

D'abord, une citerne ou une sorte de réservoir cylindrique maçonné.

 
Apercu du bas de la citerne maçonnée. Remarquez au passage les traces d'appui à l'utilité inconnue.

Ensuite un passage percé avec feuillure pour y encastrer une planche.

L'érosion jouant sont œuvre, il devient difficile d'observer sans risque l'ensemble des vestiges. Les vires ont du être aménagées mais elles se dégradent voire s'effondre avec le temps.

Conduit creusé dans la roche qui devait permettre un accès au deuxième niveau.

Peu à peu, se dévoile l'organisation d'un véritable petit hameau, lieu de vie dont la configuration a certainement évolué dans le temps(7). Il faudrait imaginer des cavités rupestres et des constructions sur plusieurs étages adossés à la paroi sans doute en bois. Ces superstructures doubleraient la superficie des résidences.




C'est tout un dispositif complexe. Vire aménagée autour d'un abri, citerne et passage qui débouche sur le bas de la falaise. Cette sorte de trou laisse supposer l'existence d'une échelle, ce qui pourrait dénoter une fonction de refuge pour le haut.



Le jeu des hypothèses

Résumons: des occupations comme celle-ci aux yeux des archéologues sont loin d'être anecdotiques dans l'Aveyron, le Tarn, et plus largement dans le Sud de la France. Elles répondent sûrement plus à des logiques d'optimum démographiques qu'à des soucis de protection. L'un n'excluant pas l'autre d'ailleurs. Pour ne parler que des phases historiques, les Ve et VIe siècle, les XIIIe et XIVe mais aussi des périodes plus récentes sont des périodes de présence. 

A la croisée de plusieurs fonctions, ces habitats contre et dans la falaise ne sont pas seulement le fait d'ermites marginaux mais aussi de paysans et même de seigneurs à l'instar des sites troglodytiques à profusion de la Basse-Auvergne et de Provence mieux étudiés. 


Tour à tour, lieu d'érémitisme village perché, carrière, cabanes de berger, refuges pour SDF. Depuis quelques années, les habitats troglodytiques ne sont plus vraiment ces curiosités qui prêtaient lieu à délires ésotériques. Fini, ils ne sentent plus le ragout de crapaud et le sacrifice humain.
Ces complexes d' architecture en négatif laissent peu de traces d'archive, hélas. Ils sont souvent lessivés de toutes stratigraphies et d'une grande pauvreté de mobilier. Les fouilles y sont rares car difficiles. Les Battuts n'échappent à la règle.
 
De part sa modestie, ce site au même titre que les souterrains ne bénéficie d'aucune protection particulière au titre des Monuments historiques. Personne ne l'entretient. A terme, il va disparaitre en raison de la fragilité de la roche, sujette à effondrement. L'heure est venue d'en faire l'étude et la description pour les générations qui viennent.



Notes

(1)Pour répondre à des questions qui m'ont été posées. 
(2)Des bêtes risquaient de donner l'alerte aux dires de Bernard.
(3)Ce trou a servi de piège faunique. Des animaux décomposés s'étalent sur le bas. 
(4)Il en fut peut-être tout autrement à des périodes plus anciennes. 
(5)Suite aux observations studieuses de la SociéSpéléologique des Pays Castrais et Vaurais(SSPCV) dont les compétences ne sont plus à démontrer.
(6)Y compris de type carrière. 
(7)Chaque creusement laisse une trace mais ensemble ils ne forment pas un tout contemporain. Non synchrones, ils se chevauchent probablement. Chaque génération a aménagé les lieux selon ses propres besoins.