mardi 1 novembre 2016

Insolite: le quotidien d'un ermite à Penne

Une "tour" et un ermite entre Penne et Bruniquel
Samedi 22 octobre 2016 



Secteur : Grésigne et alentours

Commune: Penne

Météo : beau temps lumineux

Participants : Charlette, Yvonne, Bernard A., Christophe, Louis, Werner, Pierre

Sites visités : cabanes de Las Coste, Grotte du cheval, Notre-Dame de Roussergues, abris et grotte des Battuts

Site évoqué: Nidouzel

Voitures : Bernard et Christophe

À Las Coste, les bancs du Bajocien ont été aménagés. Ils ont offert durant plusieurs siècles sur un adret une étendue de terrasses de culture viticole  au prix d'un travail colossale qui s'étale probablement sur plusieurs siècles. 

Exceptés des terrasses et quelques murs de soutènement encore debout sur le versant, deux témoignages bâtis à mi-pente ont fait l'objet de notre curiosité.

Les terrasses, un patrimoine à l'abandon

L'approche a été compliquée à cause de la végétation d'une densité insoupçonnable et c'est au prix de gros efforts, vraiment, que nous avons pu observer les bâtiments. Cette quasi inaccessibilité - une vraie jungle - nous a étonné quelque peu (1).

Dans un premier temps, un petit « entasons » de vigne, dans un second temps une vraie bâtisse avec pigeonnier plus élaboré, comportant une cave, deux étages et une cheminée.

Le premier, le plus à l'est, se résume à une construction à un seul niveau avec une toiture (aujourd'hui effondrée) à un pan couverte, à l'origine, de lauzes en calcaire.
Elle est en pierres sèches. Une seule pièce presque carrée, ouverte à l'est par une porte avec un linteau en bois. À proximité, comme souvent, un bassin-citerne. Le lieu devait être fréquenté il n'y pas si longtemps avant d'avoir servi de squat temporaire. Des traces de feux sont visibles ici et là à l'intérieur.

Vue du nord. Sur un petit ressaut, construction en pierres sèches juste équarries, type cabane ou "entason"
Vue de la porte à l'est sur pignon. Un état de dégradation très avancé comme vous pouvez le constater.
Réservoir aujourd'hui inatteignable.

Pour le deuxième édifice, nous avons là l'embryon d'un véritable petit mas sur deux étages installé sur une corniche rocheuse dans un endroit escarpé. La toiture est à un pan. Une cave s'ouvre sur une porte à l'ouest, par le bas. Elle est taillée à même la roche, au nord. Au rez-de-chaussée, un conduit de cheminée. À l'étage, une deuxième porte qui ouvre au nord. Enfin, un « grenier à pigeons » ouvrant au sud et à l'ouest. On y voit encore le bandeau en saillie dit « larmier » (2) et deux lucarnes d'envol. Trois baies étroites ouvrent au sud, une autre donne du côté ouest.

Implantation de la tour dite "lumière" sur un promontoire rocheux. Cela lui donne aujourd'hui l'aspect d'un château. La végétation aride s'est emparée des lieux depuis un demi siècle. C'est à présent une friche de genévrier et  de buis liée à la déprise agricole.

Ouvertures et niches au niveau de la cave du bâtiment

Vue du grenier à pigeons avec lucarne d'envol. Bâti mieux maîtrisé que la première cabane. Le toit s'est effondré.

 
Trace de cheminée. Sol assailli par la friche.

Ce bâtiment à étages ne manque pas d'interroger. Pas d’attribut lié à la maison de maître mais des linteaux de pierre et de la peinture à la chaux. La finition de l'appareil est plus élaborée que celle de la cabane. Ce fut assurément un lieu de vie permanent.

La taille surprenante de la maison lui vaut une légende. Elle a la réputation d'être une "tour lumière". D'aucun le raconte. Il n'y a pourtant pas indice d'architecture particulière. Pas de maçonnerie vraiment remarquable. Si tour, il y eut un jour, elle fut bien rudimentaire.

Tout porte à le croire, ce type de bâtisses fait écho à un contexte. Fin XIXe siècle, la pression démographique est telle qu'elle force les brassiers, les métayers, les vignerons les moins fortunés à bâtir sur places à partir de cabanes au milieu des vignes. On améliore alors les structures qui se transforment en véritables maisons d'habitation, non pas sans un certain confort.

À long terme, leur disparition paraît inéluctable. De ces terrasses, de ce bâti, il ne restera rien. C'est la perte d'un patrimoine paysager dont, étrangement, presque partout dans le Tarn, peu d'élus et d'associations s'émeuvent. L'enjeu est de taille pourtant (3).

Des éléments de mise en scène cultuelle dans la grotte dite du "cheval"

Après bien des recherches, nous parvenons laborieusement à la grotte dite du "cheval” (4) où nous constatons quelques éléments intéressants. Elle est à l'état fossile. Au juste, c’est un tunnel perpendiculaire à l’escarpement. Un muret de hauteur très modeste (50 cm) ferme la grotte en partie.

Bas relief
Nous discernons, tour à tour, un relief fort probablement sculpté d'origine indéterminée.

Une portion de rocher littéralement arrachée qui ne laisse guère de traces au sol ? Est-il la conséquence d'un dispositif ancien ?

Enfin et surtout, une lame de roche "en cheval d'arçon", polie voir lustrée par les mains ou plus probablement de véritables chevauchements. Nous l'appelons "la dorsale". Elle est tellement lisse qu’elle reflète la lumière.


Dorsale rocheuse passablement polie: "la selle du cheval". Nous sommes dans l’obscurité totale et la photo est très mauvaise.

Polissage des calcaires dans la partie supérieure de la dorsale.

Quantité de "griffures" de nature indéterminée sur le bas de la dorsale des deux côtés.
Par ailleurs, de très fins rainurages parallèles et verticaux tapissent par centaines les bords dudit cheval de pierre. Griffures, rainurages, auxquels on ne peut donner aucune explication. Ils piquent la curiosité. Des animaux ? Peut-être. Lesquels ?  C'est comme si on avait « peigné » la roche. On les retrouve ailleurs sur les parois mais en moins grand nombre au beau milieu des pollutions graphiques modernes.

La grotte n'a pas subi de pillage évident au sol et, pour sa plus grande chance, elle est actuellement difficile à trouver.

Notre-Dame de Roussergues en question

Repas paisible au soleil devant l'église de Notre-Dame de Roussergues. Nous la visitons. Depuis peu, elle est ouverte au public. Plan en croix latine avec transept, portail à voussures plein cintre, moulures à billettes, elle semble avoir subi au moins deux grandes étapes de constructions. N'était-ce pas, à l'origine, une grange. Il y a toutes les raisons de penser que la rumeur qui veut que catholiques et protestants y célébraient la messe simultanément en des endroits séparés soient saugrenue. En tout cas, il y fort à dire sur l'édifice qui mériterait à lui seul un long développement.

Nulle part en vue les fameux sarcophages  qui auraient  parsemés le champ du vallon en bas mais une tombe avec un menhir crevassé pour stèle qui personnellement m'étonne beaucoup. Cette pierre levée se trouve à l'est du cimetière actuel - dont la topographie est d'ailleurs très tourmentée(5).

La montagne comme refuge idéal

Les ermites sont de grandes figures du christianisme occidental et ce jusqu'à aujourd'hui (6).

Marginaux, difficiles à contrôler, leurs biographies respectives se couvrent de légendes. Il en va d'Antoine le Grand comme d'Abélard ou encore ceux, plus tardifs, du Mont Valérien. Très tôt, on leur assignat la montagne comme lieu d'accueil privilégié. La montagne considéré comme « Désert » (7) qui, au Moyen Âge, et encore à l'époque moderne, signifie bien moins l'aridité climatique que la nature sauvage et rebutante, la nature peuplée de loups et d'ours.

La plupart, répondaient à l'appel de la solitude pour accomplir une vie spirituelle. Ils se nommaient « anachorètes », autrement dit ceux qui se retirent. Prière, méditation, travail étaient leur lot quotidien. Ils tentaient, tant bien que mal, de vivre de leur propre moyen. Parfois, il leur arrivait de quitter le refuge pour mendier et se déplacer. Ils devenaient alors un temps des « gyrovagues ».

À la fois tout autre, à la fois très proche, était Alain Carcenac, retrouvé mort dans la grotte des "Battuts" le 11 janvier 2014. Il avait 68 ans. Nous ne reviendrons pas sur sa biographie maintes fois détaillée (8) mais toujours opaque quant à définir le personnage sensible. Quelle est la part de la force des choses ? Quelles est la part de ses convictions dans ce destin hors du commun ?

Ce jour-là, ensemble, nous avons observé son quotidien. En effet, fidèle à l'image que le montagne vous rapproche - si ce n'est de Dieu, au moins de la nature - il avait investi le vallon à l'est et surtout les abris et grottes dits des "Battuts" propices à l'isolement et à l'ensoleillement, tout au moins le matin (9).

Sa motivation ne revêtait pas un caractère religieux mais bel et bien d'un choix. Reste à savoir jusqu'à quel point, nous l’avons déjà dit. La-dessus, sa vie livre des indices mais tous ambigus à interpréter. Presque aussi ambigus que ces milliers d'objets du quotidien qui nous parlent comme l'archéologie nous parlerait d'un temps révolu, celui - une fois n’est pas coutume - d’un passé très récent. Pour une fois, pas de formalités administratives. Pour une fois, tout est en place. Quelle aubaine ! il est possible de tracer un portrait, des contours, non pas d’une civilisation, mais d’un individu qui cherche à être un personnage.

Avant que ne disparaissent tous ces artefacts (10), nous voulions revenir sur des indices du quotidien sans aucune prétention scientifique. Peut-être s'agit-il alors d'honorer respectueusement la mémoire de ce qui n'est plu et qui mérite de rester et de repousser un peu la définition classique de  l’archéologie que beaucoup ont tête.

Niveau 1: suite à un violent incendie sûrement volontaire. Après le drame, le lieu est pillé et saccagé par des “barbares” sans ménagement. Toutes traces de gravures archéo sur les parois ont grillé. Heureusement les abris plus haut, difficiles à trouver sont mieux protégés. Alors le sol se jonche de cendres, de déscamations et de débris calcinés que les sédiments vont recouvrir, que les animaux fouisseurs vont perturber à moins que tout cela ne termine à la benne.
Niveau 1: porte. Au fond, le sens de la propriété privée demeure. Même dans le dérisoire :" ici, c’est chez moi." Nous n'avons pas retrouvé la baignoire enterrée où le jardin de plantes médicinales évoqué par la presse.

Le vélo dont on a volé récemment les roues: lien entre l’ici et l’ailleurs.
Niveau 1 : l’éclairage est une préoccupation. La nuit, les lieux doivent prendre encore une toute autre dimension. Sans électricité, les bougies et même les cierges,  dont certains auraient été retirés à l’église de Bruniquel,  font l’affaire.

Niveau 1: des boîtes, des boîtes, encore des boîtes.

Niveau 1: une obsession bien compréhensible: l’eau potable.
Niveau 1: les lieux ne se passent pas d’une certaine mise en scène, d’un décorum. Ils sont peuplés de souvenirs. Ici un drôle de papillon en proie aux "animaux de compagnie": les fourmis.


 
Niveau 1: aucune croix mais des grigris et pendeloques ramenés d’un autre monde au-delà des océans. Il se faisait appeler “l’Indien”.

 
Niveau 2 : pattes de poulet. Un rituel secret noyé dans une masse d’objets ne créés pas franchement un climat d’inquiétude mais interroge.
Niveau 2 : peu de livres érudits mais des piles d'hebdos célébrant les voyages. Alain Carcenac lisait Carlos Castaneda, un auteur américain controversé pour ses thèses sur le chamanisme. Il fut célèbre dans les années soixante dix avec quelques best-sellers avant de disparaître dans des conditions non élucidées.


Niveau 3:  pas de potager comme certains ermites se plaisaient à entretenir mais des boites, des boites, encore des boites. Elle montre même une forme de standing avec ce bocal de foie gras.


Niveau 2 : débauche de plastique. C’est le contraire du dénouement propre à l’anachorète chrétien. Des monceaux d’objets en tous genres qui ne manquent pas de surprendre. Des pots de soupe donnés par les habitants et le ramassage "sélectif" des poubelles des alentours.
Niveau 3 : piments en tous genres pour assaisonner ... les boîtes.

Niveau 3 : le coin couchage. Le "chez soi", le cocon sec où l’on s’enferme l’hiver quand il pleut ou il fait froid. La température est constante. Le matelas est isolé du sol.  Présence de bougies par dizaines.
Niveau 3: Alain Carcenac sculptait le bois, s’adonnait-t-il à l’écriture ou au dessin ? Ce n’est pas impossible.
L’heure implique un emploi du temps. Au fond, un témoignage des plus émouvant. Jusqu’au bout, il faudra marquer le temps qui s'est arrêté.


 Pas de télé, pas de radio découverte mais un paysage qui laisse rêveur. Un paysage et des sons : le passage des véhicules sur la route du bas. Et l'Aveyron dans lequel, il lui arrivait de se baigner nu.


Notes

(1) - Elle multiplie d'ailleurs les risques d'incendie.

(2) - Il s'agit de protéger les volatiles et leurs oeufs des rongeurs. 

(3) - Si je compare avec certains territoires du Sud -Est de la France que nous connaissons très bien.

(4) - Une grotte à proximité, nous a échappé.

(5)Existence d'un fossé ? 

(6) - L'Église de France en décompte autour de 200. Des femmes comme des hommes. 

 (7) - Qui est à l'origine du mot « ermite ».

(8) - Voir les articles de La Dépêche du Midi  

(9) - Il s'installa d'abord dans les bois de Vaïssac, puis aux "Battuts" 

(10) -  Et c'est tant mieux.

                                                                                                                  Merci à Agnès pour les photographie.














mardi 25 octobre 2016

High-tech et patrimoine tarnais


Une expérience intéressante

En compagnie de la Plate-Forme Technologique du lycée Rascol d'Albi, nous nous sommes rendus à Montirat chez Daniel Loupias afin mener des investigations nouvelles sur la petite statue-menhir découverte lors de l'hiver 2015.

Étalonnage








Un léger problème au départ





Un matériel dernier cri





Concentration






Les algorithmes produisent après un balayage une modélisation en 3D.
Scanner cette statue telle était notre ambition, autrement dit, mettre l'oeuvre sous forme de points afin d'en donner un aperçu inédit et vivant à des fins multimédias.


Au bout de deux heures, l'opération était accomplie.

Prochaine étape le fac-similé

Aucune raison de s'arrêter en si bon chemin. Parce que la modestie de ses dimensions le permet, il faudra bientôt donner un contenu, une plastique à l'objet numérisé mais c'est une autre histoire, une histoire en cours.

dimanche 23 octobre 2016

Notre-Dame de Cahuzaguet, une église pas vraiment comme les autres

Visite de l'église de Cahuzaguet à Saint-Grégoire
L'église de Cahuzaguet présente un aspect sobre et "militaire". Sur sa plate-forme, le bâtiment domine la rivière que les crues n'ont jamais touché et ouvre une route qui mène au plateau. Le talus semble le résultat d'un aménagement à une époque indéterminée.
La hauteur de l'édifice au sud est de sept mètres.
La petite église de Cahuzaguet sur la commune de Saint-Grégoire souffre d'un manque d'archives. Une bonne partie de celles-ci auraient été brûlées selon les propos de Francis Lacrampes (1). Avec sa haute stature, elle ne manque jamais d'étonner les promeneurs.

Jadis (2), elle fut le coeur d'une paroisse dont il reste encore quelques bâtiments pour la plupart à l'abandon. De cette paroisse témoigne assez bien le cadastre dit "napoléonien".

Connaître l'origine du bâtiment relève de la gageure. Mais permettons-nous quelques hypothèses sur sa genèse et son évolution au cours des siècles. 


Localisation de l'église et du village au début du XIXe siècle. Un détail : on remarquera que la route qui passe à présent contre le cimetière était un peu plus au nord. Source: Archives Départementale du Tarn (plan cadastral)
À l'abri des crues, elle est installée sur un palier aménagé en hauteur presque contre le versant. À peine laisse-t-elle passer le chemin qui monte à Saint-Grégoire par Lacalm et Castelrouge.

Des matériaux du cru

Elle présente un aspect austère et l'absence de revêtement à l'extérieur permet quelques observations. Elle est bâtie en moellons de schiste noir et gris mais aussi en rhyolite des alentours. Il y a très peu de galets de la rivière. Les moellons sont juste équarris allongés en lit pour s'approcher d'un appareil régulier. Ils révèlent des couleurs différentes selon la lumière du moment. Les joints sont incertains et comblés, il n'y a pas longtemps, par un liant épais.Très peu d'autres roches sont utilisées comme le grès ou le tuf, même pour les chaînages d'angle. Sauf exception (comme "bouches trous"), pas de brique non plus.

La simplicité prévaut

Orientée, c'est une nef unique. Donc sans transept. Tout en modestie, l'édifice s'ouvre actuellement par un porche au nord qui, comme souvent, ne révèle pas d'aspect très ancien. Le portail d'entrée a l'honneur de douze pierres de taille en grès. C'est une voûte en arc brisé peu harmonieuse à sa base qui ne révèle pas un côté roman.


Au sol, la probable table d'autel bien que rien ne puisse le confirmer. Le porche en tuile à l'imposante charpente ne revêt pas un caractère très ancien.
Bien que ce soit difficile à envisager, la tradition orale veut que l'on ait installé au sol la dalle de la table d'autel. Taillée d'un bloc dans un matériau difficile à définir, elle est polie par les piétinements. Très abimée, sans moulure, elle est percée d'une cuvette rectangulaire ou d'un trou (3).


À l'est, le chevet en hémicycle était percé de trois fenêtres comme c'est la tradition, dont deux en arc plein cintre. Une, la plus à l'est, fort modeste est bouchée par des briques. Parce qu'elle n'a pas été retouchée, elle est de facture plus ancienne que les deux autre sur les côtés, surtout au sud, où elle a été agrandie. Deux contreforts épaulent le mur du chevet sans décor.


Vue du chevet en hémicycle typiquement roman avec visiblement des campagnes de réhaussement. Trois fenêtres comme il fréquent.

Une étroite fenêtre obturée avec des briques éclairait le chevet. On remarque le linteau monolithique qui existe au-dessus et qui a été entaillé dans l’axe de la fenêtre pour donner (un peu) plus de lumière. "
Au sud, donnant sur le Tarn, le mur gouttereau, tenu par un solide contrefort, est percé de  deux fenêtres très hautes, plein cintre. Chacune d'elles est surmontée d'un linteau monolithe. Elles éclairent actuellement le haut de l'édifice au niveau de la tribune. De l'intérieur, les embrasures montrent qu'elles sont de conception romane.

Les deux étroites fenêtres méridionale, sur le haut,  pour éclairer le bâtiment. Elles n'ont jamais été des meurtrières, comme on peut le lire ici ou là. Une génoise couronne le bâtiment. Depuis quand ?
Une porte à arc plein cintre ouvrait plein sud le mur gouttereau. Elle est aujourd'hui obturée.
Le pignon, à l'ouest, comporte une petite porte très semblable à la première. 

 
Petite porte obturée du mur gouttereau sud. Elle pose question quant au cheminement aux époques anciennes

Domine de quelques mètres un clocher doté d'une fenêtre étroite à l'ouest et d'une fenêtre plus large au nord vers la montagne. La visite de l'intérieur de ce clocher montre une étape de construction à part.

Le toit est actuellement couvert de lauzes d'époques différentes. Elles sont plus récentes au-dessus de la nef, plus anciennes sur le chevet.

Visite intérieure

Un enduit blanc à la chaux recouvre les murs. Aussi, est-il difficile d'observer le cas échéant des étapes de construction. 

L'intérieur se résume à une nef charpentée et une voûte en cul-de-four qui couvre l'abside au chevet. Dimension de la nef : 7, 40 m de long pour 4, 50 m de large. Enfin, une tribune en bois couvre la partie ouest.

L'aspect remarquable car typique du roman méridional primitif tient en ces voûtes outrepassées. Pour dire plus simplement, l'arc qui ouvre l'abside est en forme de fer à cheval (4)Cet aspect tient à une maîtrise imparfaite de la technique de construction des voûtes. 

À noter que c'est aussi vrai pour le plan même du chevet. Tout porte à le croire mais sans relevé planimétrique, il est difficile de le démontrer.

Il n'est pas impossible d'envisager que cette église ait été construite en deux temps, comme on peut le constater sur la photo ci-dessous. D'abord, le chevet, vers la fin du Xe siècle,  où l'arc repose sur des tailloirs différents de ceux qui supportent l'arc faisant la jonction avec la nef, construite dans un second temps dans le courant ou à la fin du XIe siècle. Il ne faut pas perdre du vue que les moyens n'étaient pas ceux d'aujourd'hui et, à l'origine, que nous soyons en présence d'un oratoire, bien souvent privé, qui deviendra église paroissiale sous la pression du pouvoir diocésain. À cette hypothèse de deux étapes de construction s'ajoutent les dimensions des fenêtres: extrêmement étroites au chevet, beaucoup plus larges dans la nef, donc plus récentes. De plus, la titulaire mariale est aussi un gage d'ancienneté.

Schéma d'une voûte outrepassée




Vue de la tribune, la voûte à arc plein cintre resserrée vers la bas est dite "outrepassée"à la jonction de la nef et du chevet.

La visite risquée (5) de la tribune et de la charpente qui protège la cloche n'apporte pas d'élément particulier d'interprétation. Il ne semble pas que la nef de l'église ait subi un exhaussement à une époque comme maintes églises de la région (6).

La nef semble avoir été construite sur 7 m de hauteur lors du projet initial. Seul le clocher fut ajouté après.

Vue de la tribune. Il est dangereux de prendre les escaliers pour accéder à la toiture. Les charpentes sont à restaurer.
L'intérieur est aménagé sans aucun souci de mise en valeur patrimonial, c'est bien le moins que l'on puisse écrire (carreaux en ciment bas de gamme au sol, table d'autel en mélaminé).

L'église de Cahuzaguet a été habillée maintes et maintes fois et les décors n'ont pas grand chose à voir avec le roman. Elle est dépourvue de sculptures post XIXe siècle à deux exceptions prés: un bénitier hexagonal inscrit qui remonterait au XVe siècle et une Vierge sculptée du XVIIe siècle dite "Statue de Notre Dame des Anges".










 
Le bénitier en grès encastré dans le mur présente deux visages tournées vers l'extérieur. Celui d'une femme avec coiffe passablement effacé  et d'un homme à bonnet. A noter que les photos de Bernard sont remarquables.


Un tableau installé au sud réserve une bien belle surprise. Il s'agit  d'une toile du milieu du XVIIe siècle montrant un calvaire réunissant le Christ, la Vierge et saint Jean. L'œuvre est signé Louis Bourdelet. Elle était destinée aux consuls d'Albi. En bas de l'œuvre, on voit peinte la partie ouest de la ville avec la cathédrale au XVIIe siècle.


À gauche, le cartouche des armoiries d'Albi; à droite, quelques éléments caractéristiques de la ville. Certains ont disparu comme l'enceinte ou l'église Sainte Martiane.


On remarquera à l'occasion que le rempart version XVIIe est sans machicoulis, ni meurtrières. Pas de créneaux, ni de merlons.
Un cartouche présente les armoiries de la ville avec la crosse de l'archevêque.

En guise de conclusion

Le titulaire, le chevet en hémicycle, le plan à nef unique, un voûtement réservé au choeur, des fenêtres à embrasement simple, des linteaux monolythes à l'extérieur, l'arc outrepassé  du chevet font de cette église rurale peut être du tout début XIe (voir même avant pour une partie) un témoin unique d'un mélange d'influence entre le Rouergue roman et les formes méditerranéennes.

Puisse nos observations servir un jour de bases à des investigations plus poussées. Cette église le mérite. Un plan reste à dresser notamment pour les arcs et des travaux de réaménagement à mener. Une extrême attention doit être portée sur le cimetière qui peut révéler des sarcophages.

Remerciements à Francis Lacrampes pour sa disponibilité et sa confiance lors de nos visites.

Notes

(1) - Plus de registre paroissial. Reste à éplucher d'autres documents plus généraux sur Saint-Grégoire où des mentions peuvent apparaître. Il y "aurait" des archives à Montpellier. Une mention est faite du lieu au XVe siècle. Pour l'anecdote, une légende veut que du vin de Saint-Grégoire fut offert au Camp du Drap d'or quand François premier rencontra Henry VIII, roi d'Angleterre en 1520. C'était vers Calais.

(2) - Jusqu'à la Révolution au moins. 

(3 - Cette dalle peut tout aussi bien - de part sa taille -  être une pierre tombale.

(4) - Marc nous précise que dans cette lignée bien qu'un peu différent, il exista très tôt un art mozarabe caractéristique par la forme de ses voûtes.
Voici deux jalon de l’art mozarabe en France. Le plus au nord, celui de Saint-Julien de Brioude en Haute-Loire, que j’ai visité il y a une quarantaine d’années et toujours pareil, daté des XI-XIIe siècles.
Puis la chapelle de Saint-Michel de Sournia, en 66, du Xe siècle. Elle est en pleine nature et partiellement ruinée. Elle a été bien restaurée à ce que je vois sur les photos depuis ma visite il y a bien 40 ans aussi.


(5) - Le bois est vermoulu.

(6) -  Il n'est pas impossible qu'elle fut intégrée à un fort villageois dont Cédrice Trouche-Marty a dressé un inventaire mais son aspect fortifié semble bien antérieur encore. Peut être dés sa conception.

Bibliographie sommaire

Marcel Durliat, Haut Languedoc roman, Zodiaque, 1978
Victor Allègre, L'art roman dans la région albigeoise, Albi, 1943
Geneviève Durand, Les églises rurales du premier âge roman dans le Rouergue méridional, Archéologie du Midi médiéval, Vol. 7, 1989
Jean-Claude Fau, Rouergue roman, Zodiaque, 1990

Le tabernacle en bois orné et le plat à quêter avec des inscriptions ont disparus.