mardi 27 octobre 2015

Des aires d'ensilage à Montdragon

Compte rendu de la sortie du CAPA du lundi 17 octobre 2015

à Montdragon



Secteur : Réalmontais, Tarn et Dadou

Commune : Montdragon et Saint-Genest-de-Contest

Météo: ciel lumineux

Participants : Louis, Frank, Jean-Pierre, Christophe, Bernadette, Claudette et Régine 

Sites visités : Montdragon (La Roque et Castelet) et La Martinié

Sites vus et évoqués : le four du Bruc, l'église du Bruc, les silos de Montdragon village, souterrains de La Martinié

Voiture : Jean-Pierre


 Vue plein sud à partir d'une petite aire d'ensilage. Nous dominons le Dadou.

Localisation approximative des aires d'ensilage abritées connues. La plus à l'ouest est celle qui a été fouillée (en jaune, trait large), les autres n'ont fait l'objet que de mentions. Source: carte IGN au 1/25 000.

 À vos risques et périls

S'aventurer dans les bois hors des chemins sous le hameau de La Roque comporte une certaine dose de risque si on est pas préparé. Le lieu est escarpé et soumis à une intense érosion (1). Et ce, en dépit du couvert végétal (chêne vert surtout). Des traces d'effondrement de la falaise en témoignent. Sans guide, il est probable que vous cherchiez longtemps les abris à silos.


La pente est reléguée actuellement en zone de friche mais ce ne fut pas toujours le cas. Loin s'en faut. Fut une époque où le lieu devait être plus ouvert, traversé par des chemins et certainement habité. Sous quelle forme ? Là est la question.


Après nous être garés au bord de la D 631, nous atteignons les sites de la partie occidentale. Le plus à l'ouest a fait l'objet d'un rapport de Jean-Simon, Louis et Frédéric Martorell, il y a maintenant quinze ans. C'était en l'an 2000.

La fouille d'une aire d'ensilage dans une cavité 

Ils vidèrent cinq silos dans une même cavité creusée et relevèrent une palette d'informations non négligeables. Mention est faite de leur forme ovoïde, de leur profil (2) et de leur profondeur allant jusqu'à deux mètres (3). Le vidage du contenu ne pas permis de révéler de stratigraphie. Les silos semblaient avoir été comblés ou recomblés à une époque plus récente que le Moyen Âge. À l'image de cette cartouche de chasseur retrouvée, il difficile d'établir une chronologie même relative. Seul un silo réserva dans son dernier tiers des tessons de céramique intéressants et un fragment d'opercule.



 Col d'un silo vu ce jour-là. L'opercule a disparu.





Aire d'ensilage abritée dans une grotte artificielle. On remarquera la forme rectangulaire de la cavité et la disposition dans les angles des silos. Source: fouille de l'ASCA



 Profil symétrique d'un des silos de Montdragon. Source: fouille de l'ASCA

 Céramique médiévale à pâte grise de fabrication locale des XIIIe/ XIVe siècles. Un motif de décor est visible.
Source: fouille de l'ASCA


Après avoir visité tous les sites connus du périmètre soit six aires de stockage, toutes dans des cavités creusées, les convergences de formes sont nombreuses. On peut parler d'une "série".

Un usage collectif du Moyen Âge

C'est toujours le même dispositif : une maigre voie d'accès (4), une cavité ouverte plein sud creusée de forme rectangulaire de quelques cinq mètres de profondeur pour deux mètres cinquante de hauteur. Un mur de "barrage" dont il est difficile d'estimer la hauteur initiale. La cavité était-elle complètement fermée, à demi, ou pas du tout ? Façon d'être à l'abri de l'intrusion des bêtes et de la convoitise des hommes. 




En bas, murette de pierres sèches barrant l'accès de la cavité. Les blocs en haut de la photo sont le probable résultat de fouilles à une époque indéterminée. 


Ces cavités souterraines sont très simples dans leur conception, sans couloir. Il n'y a pas de trace dans aucun des cas observés pour l'instant de remontée sur le plateau. La voûte est taillée plein cintre ou en ogive. C'est variable(5). Mais elle a subi des desquamations. 


À l'intérieur, des silos ovoïdes enterrés(6) remplis de sédiment avec traces de feuillure. Souvent un silo dans chaque angle de la pièce et un au milieu (7).


Il y a aussi des traces sur les parois. Des aménagements en tous genres. Cela va du trou de poutre, de poutrelle, de bâton afin de suspendre des matières périssables, à la niche d'éclairage, au placard profond. Outre le grain, ce sont des aires de stockage de denrées agricoles. 

 Une paroi criblée d'aménagements

Silo devant "placard"

 Gravure énigmatique

Le tout est couvert de graffitis, non pas sans un certain intérêt, d'ailleurs. Ils livrent les noms de visiteurs. La pratique de signer dans les grotte est fréquente dans la deuxième partie du XIXe siècle (8).



Bel affleurement sédimentaire montrant toute une série de couches de grès du Ludien, compact assez fin mais friable. On appelle ceci "molasses". Les  bancs les plus anciens, en bas, sont chargés de cailloutis. Ce sont les traces laissées par la présence d'un lac, il y a autour de 35 millions d'années, à l'Eocène.  De quoi rester songeur...



Un grès aux formes douces et arrondies, matériau idéal à creuser. 

La datation de ces aires d'ensilage demeure problématique. Il est fort probable qu'à l'image de ce que nous trouvons dans le Toulousain et le Lauragais (9), leur utilisation s'étala du IXe au XIIIe siècle. 

La foire aux questions

Ces aires de stockage sont-elles associées à l'installation d'un castelas comme le toponyme "Castelet"(10) peut le laisser supposer ou sont-elles des annexes de la communauté paysanne du Bruc ? Quels liens ont-elles avec la présence - toute proche - d'un méandre de la rivière ? Enfin, y a-t-il d'autres aires d'ensilage dans les falaises - plus à l'ouest - comme semble le dire Michel Bidon que nous avons rencontré (11).


Quel qu'il en soit, elles révèlent une pratique collective de tout premier intérêt. À présent, la priorité est de les répertorier et de les localiser précisément sur le cadastre, ce qui n'est pas tâche facile même avec le GPS. Ce travail s'impose avant que leur accès ne deviennent de plus en plus difficile car l'érosion ravage la partie exposée des sites. Il y a urgence dans certains cas, dans d'autres moins. La recherche d'archives - si elle s'est avérée jusque-là négative - n'est pas pour autant à abandonner.



Après avoir observé l'extérieur de la petite église Sainte-Magdelaine dont les crépis nous cachent les principaux éléments d'architecture(12), nous nous rendons au hameau de La Martinié à Saint-Genest-de-Contest à côté de la petite église Saint-Michel.



Les "signes" dans la forêt s'avèrent être de vieux chablis au milieu des taillis. L'ancien chemin nous conduit à une croix isolée que nous photographions avant de rentrer. 


Notes

(1) C'est un front de cuesta.

(2 )Le plus souvent symétrique.

(3) Pour une largeur moyenne de 1,60 m.

(4) Parfois dangereuse à prendre parce qu'en cours d'effondrement. C'est très vrai à l'est dans le secteur du "Castelet".

(5) Elles pourraient être en bâtière.

(6) Pas de trace de silos de paroi à la première observation. 

(7) Nous ne reviendrons pas sur le principe de la conservation des céréales en silo déjà évoqué lors de la sortie à Lautrec.

(8) Cette remarque est le fruit de discussions avec Robert Coustet et Philippe Hameau, spécialiste rare et reconnus dans ce domaine. 

(9) Voir l'excellent site de Carol Puyg et Odile Maufras sur le sujet: https://ensilage.hypotheses.org/

(10) Dans la partie occidentale du front de cuesta, sur le haut.


(11 )Par ailleurs, d'autres aires d'ensilage, plus proches du type souterrain, sont visibles à quelques kilomètres du lieu sous le village Montdragon dans les berges du Dadou comme l'indique, entre autres, Francis Funk. Certaines ont disparus.


(12 )Sauf une "porte des morts" au sud.










samedi 10 octobre 2015

Des empreintes du plus haut Moyen Âge au dessus du Viaur

Compte rendu de la sortie du CAPA du samedi 10 octobre 2015
à La Salvetat-Peyralès(Aveyron)



Secteur : Pays du Viaur, Aveyron

Commune : La Salvetat-Peyralès

Météo : splendide ciel bleu 

Participants : Régine, Charlette, Bernard A., Kevin, Louis F., Werner, Jean-Marc  et Christophe

Voitures: Christophe et Louis

Sites visités : "La Boutique" et la chapelle de Murat

Sites à voir ou à revoir : châteaux de Roumégous et Castelpanis

 La Boutique surplombe le Jaoul. Un chemin "piéton" permet d'accéder à la vallée par l'ouest. Source IGN 1/25 000

À "La Boutique"


Ce jour-là nous répondions à l'invitation de Jean-Marc Berlou afin de nous rendre au lieu-dit "La Boutique"(1), un hameau perché en limite de plateau sur la rive droite du Viaur en face de Jouqueviel. 

Le propriétaire, Mr Rigaud s'interrogeait sur la présence d'une série d'empreintes dans le rocher que Jean-Marc et Michel ont identifié comme des cases-encoches il y a déjà quelques mois lors d'une première visite.

Jusque-là, ces indices n'avaient fait l'objet d'aucune mention.

14h 40. Nous arrivons en voiture sur les lieux sans trop de difficulté. À 381 mètres d'altitude, c'est un poste avancé qui domine un affluent du Viaur, le Jaoul. Le château de Roumégous plus au nord est bien visible depuis le site. L'endroit ne manque pas de charme en cette saison, vraiment.

Les bâtiments actuels sont assis à même la roche ou sur un lit de gros blocs de quartz blanc. 

Le chemin cadastré qui descend sur le Jaoul sert de cour à la ferme. Actuellement, le logis est à l'ouest, l'étable-remise à l'est. Juste derrière, on remarque une paroi rocheuse et des aménagements anciens type "case-encoches", 5 mètres de large pour 3 de profondeur(2).

L'affleurement ceinture une petite éminence rocheuse où nous n'avons pas décelé de traces évidentes de castelas. Pas de tranchées notamment ou alors comblées.
Comme souvent, des terrasses à l'abandon ont profondément modifié la forme du site primitif. 

Portons un regard sur les parois aménagées dans le substrat rocheux : au-delà des traces d'attaque au pic, il y a une profusion de perforations de taille et de nature forts différentes. Elles sont, le plus souvent, les empreintes de structures périssables aujourd'hui disparues. 

Un modèle du genre case-encoche


Un petit débroussaillage permet de distinguer sur la paroi exposée nord-est /sud-est une échancrure horizontale (dispositif de drainage), une banquette, une série d'opes (2) non alignés, un trou de poteau, une niche, un bassin dont la destination interroge. Enfin, quelques marches très érodées d'un passage pour accéder à un second niveau. Par ailleurs, aucun doute n'est permis, une porte a existé puisque que la roche montre une "virgule" permettant de glisser un rondin de fermeture, une empreinte de chambranle et un à-plat pour déposer le linteau.



Une case-encoche

Paroi nord-est / sud-est. Schéma des traces d'habitat excavé (dessin Kevin).

Flanc ouest avec saignée horizontale (dessin Kevin).

Etrange petit "bassin" dont on ignore la destination.
 
Le sol livre en surface de petites lauzes de couverture (percées) caractéristiques des cases-encoches.

 Petites lauzes de couverture

Le second niveau exposé à l'ouest (côté Viaur) présente encore une grande saignée taillée dans la roche.
Une seule maçonnerie est visible en haut de la paroi de la case. C'est un mur en pierre de schiste montées à sec d'un mètre de haut. Il est probablement récent.

Empreinte de structure type poteau

Conclusion: une paroi arrière verticale, un sol horizontal, des parois latérales verticales de hauteur dégressive, nous confirmons la nature des traces. Ce sont bel et bien des cases-encoches. Un habitat sur deux niveaux autour du passage marqué par des marches d'escalier. En l'état des connaissances, c'est le scénario le plus probable.

Le site révèle à peu près tout le registre classique des habitats à demi excavés. Il est à l'image de ceux de Castelpanis, Ambialet ou Fontrenard.

En bas, il serait intéressant de sonder la profondeur des dépôts pour atteindre la plate-forme constituée du substrat. Y a-t-il des couches archéologiques ? Ce n'est pas impossible. 

Nous nous rendons ensuite à la chapelle de Murat entièrement reconstruite à plusieurs reprises, notamment au XVIIIe siècle. Mention est faite de son existence au début du XIe siècle. 
La chapelle de Murat qui fut une église. Le château de Roumegous en arrière plan tout au fond.
Elle présente à différents endroits des croix occitanes trilobées assez exceptionnelles pour être mentionnées.

Photo prise d'un trou de serrure de la chapelle de Murat montrant le décor mural au-dessus de l'autel.



Notes 

(1)"La Boutique" vient peut être de botiga, la cave.
(2)C'est la parcelle 142. Assez intéressante de part sa forme.  
(3)Trou de mortaise


Bibliographie sommaire

Parmi les ouvrages traitants des cases-encoches et des habitats excavés, deux conseils. Le premier, réservé au grand public, est une contribution du CAPA. Mottes et castelas du ségala tarnais, Les guides archéologiques du Tarn, 2003, 4 euros



Le second concerne un public plus ciblé mais rapporte des cas intéressants à l'image de nos découvertes du jour. C'est une oeuvre collective suite à un colloque à Saint-Martin-le-Vieil(Aude).
Monique Bourin, Marie-Elise Gardel et Florence Guillot, Vivre sous terre, Sites rupestres et habitats troglodytiques dans l'Europe du sud, Presse Universitaire de Rennes, 2014, 39 euros




samedi 3 octobre 2015

La pierre du Riols(suite et fin)

Une interprétation possible de la pierre du Riols

Je vous renvoie pour le questionnement à la sorties en amont du 17 août avec Yvonnes. Nous nous interrogions alors sur un fragment de pierre "cupulée".

C'est fort probablement d'un rouleau à dépiquer nous indique un lecteur. Voici un spécimen  exposé à Cordes vers la place de la Halle(ancien pàtus ?) dont on ignore l'âge et la provenance mais pas la fonction. Une espèce de grosse roue cylindrique d'un seul bloc troué. Elle était actionnée par un cheval. Il s'agissait tout simplement de séparer les grains des épis. Il est remarquable que le pourtour du cylindre soit parsemé de trous afin de faciliter la manoeuvre d'écrasement avant le battage au fléau.


La surface est constellée de micro cavités d'un diamètre il est vrai inférieur à celui du Riols