mardi 28 juillet 2015

A Lombers, les cathares frappés d'hérésie


Suite à la venue de Pilar Jimènez-Sanchez le jeudi 9 juillet à Lombers, nous est venue l'idée de faire le point sur le fameux "concile"  de Lombers en 1165 et ce qu'on sait des cathares en ce début de vingt et uniéme siècle. Nous nous inspirons largement des propos tenus par notre conférencière sans les reprendre dans leur intégralité (1) mais aussi de sources autres, davantage liés à l'archéologie, celles-là.



Pas loin de 300 personnes à Lombers



Les mille et un noms de l'hérésie

On évoquera sous le nom de « cathares » les hérétiques de l'Albigeois. Cette appellation pratique n'en est pas moins très discutable (2). Entre eux, en Languedoc, les « cathares » s'appelaient « bons hommes », « bonnes femmes ».


Par ailleurs, le sujet reste sensible et ce jusqu'à aujourd'hui. Sept siècles se sont écoulés et il n'y jamais eu - comment dire ? - prescription. Nous dépendons de sources souvent polémiques qui déforment les pratiques et la pensée des cathares. Ce sont celles des inquisiteurs médiévaux dont le parti pris n'étonnera personne (3).

Aussi, sans une critique fine des sources historiques, il est difficile de se faire une idée de ce en quoi ils croyaient, de ce qu'ils faisaient, de ce qu'ils pensaient. Au problème de l'origine des sources s'ajoute celui des historiens qui jusqu'à une quarantaine d'années présentaient le catharisme de façon soit engagée, soit folklorique. Certains voyaient les cathares comme des mages orientaux. D'autres les décrivaient comme des fervents de la cause occitane quand ils n'étaient pas des adeptes de l'ésotérisme. Que d'étiquettes collées ! Toujours pour servir des causes très diverses. Revenons à plus de sérieux.


1165 : face-à-face tendu à Lombers



1165, c'est précisément l'année où naît Philippe Auguste. Nous sommes sous le règne de son père, Louis VII dit « le Jeune ». Il participa à la deuxième croisade au Proche-Orient et, son divorce d'avec Aliénor d'Aquitaine, provoqua le début de la guerre de Cent ans. Mais, ici, en Languedoc bien peu sont au courant des péripéties du règne.



L'évêque d'Albi convoque alors à Lombers des gens qui se font appeler « bons hommes » et qui, apparemment, dérangent l'Église en place. Dans les textes de référence est évoquée aussi, à plusieurs reprises, la secte d'Olivier. Qui est ce fameux Olivier ? Nous l'ignorons (4).



À Lombers est réunie la fine fleur des prélats du Languedoc : l'archevêque de Narbonne, l'évêque de Toulouse, celui de Lodève qui joue le rôle d'arbitre et celui d'Agde. Des abbés aussi : ceux de Gaillac, de Castres, de Saint-Pons, de Saint-Guilhem-du-Désert, de Candeil.

Des laïcs assistent aussi à l'assemblée. Ce n'est donc pas un "concile" à proprement parler. Il y a l'élite de la noblesse : le vicomte de Trencavel, le vicomte de Lautrec entres autres. Le comte de Toulouse est représenté par son épouse et même le roi de France a délégué sa sœur, Constance. Enfin, les seigneurs de Lombers qui protègent les bons hommes sont de la partie. Aucune indication ne précise le lieu exact de la réunion. L'église, la chapelle du château, en extérieur ? Comment savoir ?

Il semble bien que la population était invitée à la tenue de cet arbitrage. Bref, ce jour-là, à Lombers, il y a foule.



Sous une forme accusatoire (5), l'évêque de Lodève, Gaucelm, interroge les bons hommes sur leurs croyances. Ils répondent point par point;  mais, peu après, par la teneur de leurs propos, ils sont jugés hérétiques. Contre eux, les évêques citent des passages du Nouveau Testament. Le débat prend une tournure passionnée



Loin d'être assommés par le sentence et visiblement en colère, les bons hommes répliquent et traitent l'évêque  « d'hérétique», de « loup rapace », « d'hypocrite ».

 

L'évêque, Gaucelm, se défend en arguant qu'il agit avec justice. Le public est alors pris à témoin. Les cathares récitent une profession de foi conforme à la volonté des évêques mais refusent de jurer comme on les y invite. Cette question de l'obligation du serment divise les autorités ecclésiastiques et les cathares (6).


Les voilà acculés à rappeler la trahison de l'évêque d'Albi qui aurait promis l'absence de serment tout au long de l'audience. L'évêque mis en cause dément toute négociation de ce type.

Au terme de l'audience, les cathares sont désignés comme hérétiques. La décision est sans retour à la satisfaction des « grands » présents lors de cet arbitrage. Les chevaliers de Lombers sont sommés de cesser de les accueillir.



Nous sommes à un moment clef où le catharisme se développe, où les acteurs rôdent leurs arguments respectifs. L'évêque tente de placer le milieu rural sous sa tutelle. Deux ans plus tard, les cathares s'organisent à Saint-Félix-en-Lauragais où ils tissent un réseau d'évêchés dans la région. Le coupure devient irréversible.



Pauvres du Christ ou Apôtres de Satan ?



Mais qui sont-ils ces hérétiques ? Ils s'appellent «bons hommes» entre-eux ou plus rarement « pauvres du Christ ». Ils contestent les sacrements qui ne relèvent pas des Écritures. Ils dénoncent le laisser-aller des mœurs du clergé et la prétention toute terrestre des prélats. Pour eux, saints, reliques, miracles sont des superstitions infâmes dont il convient de se débarrasser. La croix redevient ce qu'elle a été : un objet de supplice.



Ensemble, ils nient le baptême par immersion. Ils nient la transsubstantiation dans l'Eucharistie, vous détournent de la viande mais aussi de l'acte de chair. Ces hérétiques se réclament du modèle des apôtres et de la loi des Évangiles. Ils rejettent d'ailleurs l'Ancien Testament au profit du Nouveau (7).

On l'aura compris, l'hérésie cathare est toute entière spéculative, plutôt savante que populaire.

Dans le courant du XIe siècle, elle trouve néanmoins un écho auprès des humbles dont le constat est sans appel quand il regarde comment agit son clergé. Que penser de gens qui prêchent un message auquel ils ne croient pas ? Que penser de gens qui ont des mœurs à l'opposé de la doctrine diffusée dans les églises ?

Le vocabulaire qu'utilisent ces humbles est évocateur. Si il y a « une bonne église », « des bons hommes », c'est donc qu'il y en a une mauvaise. Celle de la dîme qui exaspère le monde paysan, celle qui rachète le pardon en monnaie sonnante et trébuchante.



Aux origines du catharisme



Mais d'où viennent ces idées au juste ? Elles sont les fruits d'un contexte historique, économique et religieux tout ce qu'il y a de particulier.



D'abord, c'est une période plutôt faste pour les hommes qui se nourrissent moins mal et parviennent à se préserver un peu mieux des épidémies. Les seigneurs s'emparent du pouvoir aux dépens d'un roi lointain. Ils prennent pour ainsi dire le relai. Ils érigent des castelas. Des petits châteaux dominant de petits territoires. À la tête de leur chefferie, les seigneurs ne sont pas obligatoirement très riches mais le pouvoir, ce sont eux. Plus exactement, c'étaient eux. Les voilà obligés de partager.



La complicité des élites



En effet, avec la réforme grégorienne, les nobles se sentent dépossédés. Car la terre, si elle leur appartient, appartient aussi à l'Église, de plus en plus. Le patrimoine des abbayes s'étend. Entre donations, ventes, engagements, l'Église accroit son emprise sur le sol. Elle se trouve bientôt en concurrence avec les lignages laïcs dont les relations avec l'Église vont se dégrader. Tous les fils de la noblesses ne sont pas prêts à entrer dans les ordres (6).



Pour eux, la richesse de l'Église devient un obstacle et un blasphème. Aussi feront-ils souvent la sourde oreille à l'appel des autorités pour la répression de l'hérésie (9). Ils la soutiendront même et lui fourniront quelques-uns de ces plus brillants éléments comme Pierre Roger de Mirepoix ou Guilhabert de Castres.



Retour vers Dieu et vers Dieu seul



Toute autre, l'effervescence intellectuelle qui règne au XIIe siècle n'est pas sans incidence dans l'émergence des hérésies en Languedoc. Les milieux monastiques portent des idées nouvelles. Par exemple, celle d'un rapport plus immédiat à Dieu et aux Évangiles. Ce rapport passe par la simplification des rites (10). Certains moines comme Guillaume de Nevers en sont les initiateurs infatigables.



La croisade de la parole, première croisade



Bien sûr aussi, le contexte culturel de la terre occitane n'est pas à négliger. La société  est soudée autour d'une langue parlée jusqu'au-delà des Pyrénées et même des Alpes. Une société à la une culture laïque très différente de celle du Nord. C'est celle des troubadours, celle des dames mariées sensibles aux discours des poètes. Une société disposée à prendre une certaine distance envers l'Église instituée.

Inhérente à cette culture proprement occitane, une forme de tolérance est bien en cours. À ce titre, que penser de ces débats, à répétition qui tentent de réconcilier au tout début du XIIIe siècle cathares et Église établie. Celui de Verfeils rapporté par Guillaume de Puylaurent, de Carcassonne, de Montréal et bien sûr de Lombers. Une forme de dialogue s'instaure entre légats cisterciens du pape et ceux qui ne sont pas encore des hérétiques. Pas longtemps. Mais il s'instaure (9)

La situation politique



En dernier ressort, il y a aussi le jeu politique pour le moins complexe dans lequel sont mêlés les cathares (12)


Une situation politique passablement complexe. La région à la veille de la croisade.

Pour faire simple : au sud, le royaume d'Aragon ; le plus en retrait peut-être. L'ambition est d'affaiblir le roi de France et le comte de Toulouse autant qu'il est possible pour grignoter des territoires au-delà des Pyrénées. Au nord, le comte de Toulouse à la recherche d'une cohérence territoriale en avalant les vicomtés des Trencavel. Toujours dans l'ambiguité. La grande hantise du roi de France : que le comte de Toulouse tisse une alliance dynastique avec l'Angleterre. Au cœur, les Trencavel dont la fidelité au comte de Toulouse est loin d'être absolue. Jusqu'à quel point les comtes de Toulouse n'encourageraient-ils pas la croisade pour régler le compte des Trencavel ? Au loin, le roi de France et, bien sûr, le pape se perdent en calculs. Le pape surtout, qui veut étendre son pouvoir via les évêques dans les campagnes.



Chacun avancent ses pions. Les prétentions s'affrontent. Les cathares tantôt profitent, tantôt patissent de rivalités qui, bien souvent, les dépassent. À la religion, se substituent ou se greffent des paramètres politiques.



Il n'y a pas des cathares que dans l'Albigeois



Force est de la reconnaître, la vague d'hérésie touche d'abord l'Aquitaine, le Périgord. Même la Champagne, la Flandre au nord, la Catalogne au sud ne sont pas épargnées au début du XIe siècle. Pour ne parler que de la France actuelle car c'est bien toute l'Europe des Balkans à l'Angleterre qui est touchée. À des degrès très divers, il est vrai.



Une seconde Église



Les cathares font partie de la grande famille des chrétiens, indéniablement. Rien ne les sépare fondamentalement sur le fond. Le Christ est ressuscité. La bonne nouvelle est à annoncer. Il leur faut mériter le paradis. S'il n'y avait ce rejet de l'Ancien Testament, ce rejet des sacrements au profit du consolament (13),



Au bout du compte, bien peu de choses sépareraient le cathare du chrétien. Sur la forme même, les cathares adoptaient un modèle d'organisation conforme à l'Église tel que la définissait saint Paul.



À la tête, un évêque servi par des coadjuteurs et des diacres. Ceux-ci vivent en communautés comme les moines (14). Sans être cloîtrés, ils participent à la vie quotidienne en travaillant (leur seul revenu) et donnent le sacrement en fin de vie à qui le demande. Ils vivent dans le végétarisme et l'ascétisme complets. Ils sont non violents et tiennent des bourgades. Dans la «maison des cathares», tout un chacun peut aller et venir. Les villageois constatent de visu qu'ils vivent dans la pauvreté et le respect. À des heures, ils prêchent de façon démonstrative. Ils prêchent dans le dialecte local . Ce n'est pas là l'une de leur moins belle réussite. Comme fidèles ou « cathardes », les femmes y sont les bienvenues. Femmes ou hommes, souvent, leur exemplarité leur attire la confiance et la sympathie des habitants.



Les sacrements sont réduits à la plus simple expression : le consolament. Autrement dit, une sèche imposition des mains sur la tête. Il est la preuve d'une vie sans défaillance. Pour les simples fidèles, le consolament est donné avant la mort comme une extrême onction.

Le geste du consolament.



Le quotidien à l'époque des cathares grâce à l'archéologie



Cette vie quotidienne dans les villages est mieux connue à la suite des travaux de Marie-Élise Gardel sur le site de "Cabaret" à Lastours dans l'Aude (15), un castrum autrement dit un village fortifié.



Installé sur un versant, non loin d'une rivière, ce village est bâti sur des terrasses aménagées en demi cercle autour de ce qui devait être un tout petit château. Par comparaison, il donne sans doute une idée de ce que devait être Lombers en cette fin de XIIe siècle, à l'époque des cathares.



Presque toutes les maisons sont composées de deux pièces (30-50 m2 habitables). Rien ne permet de distinguer une maison cathare d'une autre habitation. Un étage sur un rez-de-chaussée creusé parfois dans la roche. Les deux lieux de vie sont reliés - sauf exception - par une échelle. Un toit mixte en tuiles et schistes couvre la maison.


 
Une des habitations du site de "Cabaret" dans l'Aude. Remarquons qu'elle est très semblable à celle d'Ambialet dont le CAPA a relevé les traces. Dessin tiré de Marie-Élise Gardel, Vie et mort d'un castrum, Cahors, 2004 

Elle est sombre pour ne pas laisser pénétrer le froid, une seule porte, des fenêtres rares et toutes minces. Elle est enfumée car il n'y a pas - à proprement parler - de cheminée (16).



Le foyer ou les foyers sont à même le sol au milieu de la pièce, généralement la plus basse. C'est la cuisine, la foganha (17) . On s'éclaire d'une chandelle de suif ou d'une lampe à huile. Des bancs, un coffre comme seul ameublement. La table se monte et se démonte sur des tréteaux. 

Pour prendre ses repas, on utilise des cuillères en bois. Gobelet, écuelles sont dans la même matière. Les récipients, plutôt en terre, toujours simples et fonctionnels sont des pots culinaires ou des pots à liquide parmi lesquels la dourne qui stocke jusqu'à 20 litres d'eau.



Le couchage est collectif sur des paillasses. Les parents d'un côté avec les bébés, les plus grands de l'autre. Les anciens et les malades ont droit à une paillasse près du feu.



C'est beaucoup plus dans des villages comme celui-ci que vivaient les cathares et beaucoup moins dans les beaux châteaux d'altitude édifiés, pour la plupart, bien après cette période.


Notes 

(1)Ils seront l'objet d'un prochain article dans une revue.
 
(2) «Cathares», «Parfaits», «Ariens», «Manichéens», «Albigeois», «Patarin», «Publicains», «Tisserands», «Piphles» sont autant de noms donnés par les accusateurs ou par des historiens bien antérieurs au déroulement des faits .Termes choisis qui mériteraient pour chacun d'amples commentaires. Pour résumer, tous visent à dénoncer autant que faire se peut ce que Pilar Jimènez Sanchez préférerait appeler des «dissidents» religieux.

(3) Source unilatéral jusqu'à un certain point car il existe bel et bien des sources proprement cathares découvertes au XXe siècle. En tout et pour tout, trois manuscrits. Celui de Lyon, de Florence et de Dublin. Ils décrivent les rituels en cours à l'époque. Des comptes rendus de prédication existent aussi.

(4) Serait-ce Sicard Cellerier, évêque des cathares d'Albi ?

(5) Mais il n'est pas encore question d'Inquisition bien sûr. Elle naîtra qu'au tout début du XIIIe siècle, une trentaine d'années plus tard. 

(6) Elle est l'objet d'un long développement de Pilar Jimènez Sanchez dans sa thèse. 

(7) Et des Apocryphes.  

(8) Sans compter qu'ils sont de plus en plus nombreux, résultats de la divison des héritages et de la croissance démographique. Rien qu'à Lombers, on compte une cinquantaine de co-seigneurs (ces fameux « chevaliers ») au début du XIIIe siècle. C'est dire...

(9) En Languedoc, à la différence des seigneurs du Nord (Flandre et Champagne).

(10) Pilar Jiménez-Sanchez insiste bien sur les spécificités italiennes où la réflexion est plus élaborée que partout ailleurs et alimente l'œuvre de saint Thomas d'Aquin.

(11) Ces confrontations n'ont pas vraiment lieu dans le Nord de la France.


(12) Sans carte bien difficile d'y voir un peu clair.



(13) Qui s'apparente à une profession de foi monastique d'ailleurs .

(14) Des communautés non mixtes.

(15) Peut-être l'évêché cathare du Carcassès. Un « nid » d'hérétiques selon des sources historiques fiables. Il y a eu d'autres travaux archéologiques sur des villages des XIIe et XIIIe siècles dans la région Midi Pyrénées comme à Flaugnac dans le Lot (fouille de Florent Hautefeuille) ou comme à Montaillou dans l'Ariège (fouilles de Jean-Paul Cazes).

(16) C'est n'est véritablement qu'au début du XIe siècle que les fenêtres vont se développer grâce au parchemin huilé.

(17) Le musée du catharisme à Mazamet a tenté une reconstitution à partir des vestiges d'Hautpoul. À voir.


Dans les centaines et les centaines de livres parus, quelques-uns sont incontournables et permettent une mise au point sérieuse sans être trop difficiles sur le sujet.


BIGET Jean-Louis (2007) -  Hérésie et inquisition dans le Midi de la France, Picard, Paris, 247 pages

BRENON Anne (1997) - Les Cathares. Pauvres du Christ ou Apôtres de Satan, Gallimard, Paris, 128 pages

JIMÉNEZ--SANCHEZ Pilar (2008) - Les catharismes. Modèles dissidents du christianisme médiéval (XIIe-XIIIe siècles), Presses universitaires, Rennes, 454 pages

NELLI René (1969) - La vie quotidienne des cathares du Languedoc au XIIIe siècle, Hachette, Paris, réédition 1989, 297 pages

ROQUEBERT Michel (1999) - Histoires des Cathares, Perrin, Paris, cinq tomes








Les dessins et la carte sont tirés de Pyrénées Magazines, Cathares, 2008

vendredi 24 juillet 2015

Un pari: mieux faire connaître les cupules


Le CAPA était présent au chantier jeune de la communauté des communes Centre Tarn .

En effet, du 7 au 10 juillet, quinze jeunes ont participé activement à la mise en valeur de l'environnement des communes de Saint-Antonin-de-Lacalm et du Travet encadrés par des bénévoles des deux communes.


Les cupules un patrimoine à protéger

Deux équipes, à tour de rôle, ont procédé au nettoyage et au rangement du site de la pierre à cupules de La Gaugne (1). Le CAPA était là pour conseiller et donner à ces jeunes toutes les indications sur les mégalithes.



Ces jeunes, de 11 à 13 ans, abordaient peut-être pour la première fois le terrain de l'archéologie. Leur attention évidente est un encouragement pour les actions du CAPA auprès des jeunes.

Ils sont perplexes mais ce sont bien des cupules

(1) Lire à ce propos l'article de Michel Payrastre, Henri Prat et Christian Servelle dans Archéologie Tarnaise, n° 15 paru en 2013. Il est disponible en ligne sur le site du Comité départemental d'Archéologie du Tarn.

jeudi 23 juillet 2015

A l'ombre des murs de Milhars


Compte rendu de la sortie du CAPA du jeudi 16 juillet 2015
Milhars


Secteur : Cordais

Commune : Milhars

Météo : étouffante, soleil de plomb

Participants : Bernard A., Marc, Pierre et Christophe

Site visité : maison Barret et ses alentours

Sites vus ou évoqués : le château de Milhars

Voiture : Christophe et Bernard



Vue oblique des lieux visités (source: géoportail) 

Une maison chargée d'histoire


Ce jour-là nous rencontrons Marc Barret, à l'intiative de Pierre Fèvre présent avec nous tout au long de notre de visite (1).

De l'histoire de son  actuelle demeure, il rappelle son nom ancien : “la maison des Gardes”, son achat il y une dizaines d'années par des Anglais et la présence entre les deux guerres d'Espagnols qui vivaient là dans des conditions précaires (2).

Cette maison était à l'état de ruine, il y a 20 ans remarque Bernard.

Marc Barret nous accueille à l'intérieur de la partie nord de sa demeure.
Elle comporte une grande cheminée assez semblable à celle de l'abbaye de Vaour avec des niches latérales remaniées.

Les murs sont appareillés avec des moellons de calcaire local juste ébauchés, du grès souvent pour les encadrements et les chaînages. Il y a même du tuf quelquefois.

Le sol est une calade refaite récemment. Il consiste en un pavage en galets. Galets éparpillés, noyés dans une chape de béton où Marc Barret trouva une pièce de l'époque de Louis XIII que nous n'avons pas pu voir. Il trouva aussi des médaillons contemporains de la présence des Espagnols.

La calade est constituée de galets enfoncés dans un lit d'argile. Là où elle été restaurée  l'argile a été remplacé par un mortier à la chaux. Les joints aussi ont été réalisés à la chaux  avec du sable de Lexos.

Il nous montre un fragment de pierre tombale trouvé « vers la château ». Il est gravé et la visibilité est parfaite. Je le prends en photo. Il est – semble-t-il - en calcaire gris bleuté qui jure assez avec le calcaire local. On y voit très clairement un armet à plume de parade (type XVIe siècle). On devine une visière. On remarque la protection de la nuque. Il y a une fleur de lys également (3)



Fragment de pierre tombale en provenance du château

Nous pénétrons, ensuite, dans le deuxième corps de bâtiment sud qui paraît plus ancien. Après la cuisine, s' ouvre une grande « chambre » rectangulaire, très haute, appelée « salle des gardes » par Marc Barret. Elle comprend deux étages qui possèdent chacun une cheminée. On y voit un parement en moellons calcaires équarris à joint incertain. Il ya des calages d'assise. Le sablage a décapé les mortiers anciens. La pose est irrégulière. Nous prenons des photos.

La cheminée à l'ouest de la pièce présente une «plaque foyère» en pierre (3). Nous la photographions (4)


La pièce conserve d'une époque indéterminée le percement d'une fenêtre à menaux qui donne au sud. Elle ne présente la trace d'aucune archère. Au plafond, solives et poutres ont été refaites récemment.

À présent, nous descendons au sous-sol. Une cave voûtée avec soupirail au nord. Les moellons sont couverts d'un badigeon. Elle est construite sur et avec l'assise du banc calcaire qui affleure à ce niveau. Il n'y a aucune trace de silo nulle part. Rien de particulier à signaler.


Un four banal (5)

Nous gagnons ensuite le « four banal », un des rares exemplaires encore debout dans le Tarn  nous a confié François Tourtoin (délégué départemental de la Fondation du Patrimoine). Il est en assez bon état. C'est un four sous abri (construit selon un mélange intéressant terre/calcaire/grès) avec une charpente sur laquelle repose directement les tuiles. Le toit en question menace de s'effondrer. Le four, en tant que tel, est hémisphérique. Le socle et la sole sont en assez bon état, la voûte, où dormait une chauve-souris Rhinolophe, un peu moins. Pour la réfection, le coût s'élèverait entre 15 000 et 30 000 euros nous confie le propriétaire dans l'expectative.


Le four (grès + calcaire) est protégé par un toit voûté. À l'intérieur, la structure est tapissée d'une couche épaisse d'argile.


 Intérieur du four où l'argile rubéfiée tombe en morceaux.

 Mur en terre de l'abri du four avec fissures sans doute antérieures à la confection de la charpente.
C'était, nous confie Marc Barret, le four du seigneur. Il est en fonction au tout début du XVIe siécle. Les habitants avaient droit au four à pruneaux, au four à chataîgnes mais le four à pain était collectif et son utilisation faisait l'objet d'une taxe. 

Sous le four, nous observons une cave voutée que Marc Barret considère comme une prison à cause de son double système de portes. On y accède par un escalier droit. Nous éclairons à la lampe une couche de galets dans la partie nord de la pièce. Elle soutient un mur hémisphérique d'origine peut être plus ancienne que la cave.


Entrée du le cellier ou "la prison" sous le four à pain

Le château de Milhars


Nous nous rendons ensuite devant la grille du château en passant par le tunnel (6) où se tient une exposition et l'orangerie. Nos guides évoquent les figures d'Albert Lemaitre, peintre longtemps propriétaire du château. C'est la famille Lamborelle qui en est actuellement propriétaire. Les caves du bâtiment remonteraient aux premières phases de la construction. Nous n'avons pas pu le vérifier.

La bâtisse actuelle est le résultat d'un réaménagement courant XVIIe siècle visant à la rendre plus confortable. Des archives témoignent de l'opération. Une tour existait à l'est avant son effondrement et sa démolition complète en 1882. Le cadastre en conserve la trace. Le bâtiment est classé MH depuis 1943. Cela n'a pas empêché l'effondrement d'un mur  de soutenement au printemps 2014. Heureusement sans victime.
À noter : nous constatons la présence de sarcophages en morceaux à côté du four banal dans les friches au nord. Ils proviendraient de la vallée du Bonnan. Nous nous promettons de revenir sur les lieux avec l'autorisation du propriétaire.

Nos deux amis subodorent l'existence d'une courtine et d'une porte à l'ouest. Ils nous montrent la trace possible d'un ancien rempart. Aucun indice de fossé cependant. Ils  sont apparemment divisés sur l'emplacement du « lac avec vivier au lieu dit Le Parc » réalisé au XVIIe siècle dans la foulée de la rénovation du château. Sur la hauteur pour Pierre, plutôt en bas en fond de vallon pour Marc.



Un bâti plutôt composite vous le constatez. Peut être un tronçon de rempart.

Plus au sud, en façade, nous distinguont assez facilement deux périodes dans la construction de la maison Barret. Autant l'aile orientale montre une finition maladroite, autant le corps de bâtiment sud présente un aspect plus régulier dans le parement. La partie la plus ancienne de la maison s'intègre-t-elle à une étape des fortifications du bourg castral ? Ce n'est pas impossible. Reste à savoir quand et comment. Sa position actuelle à l'extrémité ouest du village sur le chemin de Bonnan est un argument favorable à cette étape.



Une construction en deux temps

Le village de Milhars organisé en colimaçon autour de son château perché présente un intérêt historique et archéologique. Ce n'est pas une bastide, ni un bourg marchand, mais il a toujours entretenu un soucis de sécurité visible à travers des remparts qui vont doubler ou compléter ceux du châteaux, en plusieurs phases, à des moments divers de l'histoire notamment lors des périodes de troubles. On parle de fortification collectives c'est-à-dire pour tous les habitants et pas seulement pour les seigneurs. C'est d'ailleurs le cas pour les autres villages du Nord du Cordais. Au préalable et pour précisez la chronologie, un travail d'archives doit être mené avec une problématique claire de recherche.

Pour le four, nous conseillons à Marc Barret d'établir un dossier d'inscription (7) au préfet pour trouver par la suite un financement plus facile auprès des services publics ou de partenaires semi-privés comme la Fondation du Patrimoine. Elle vient d'ailleurs d'agir à Milhars pour une "maison de caractère". Qu'il s'inspire aussi des financement pour  la restauration du four de Magné à Haute-Serre en Grésigne. Ce four gagnerait à être dessiné et mis en plan.

Quant au bâti du village, il mériterait - au moins à certains endroits précis - une étude attentive de celles qu'ont mené récemment Élodie Cassan pour les bourg castraux autour de Cordes et Cédric Trouche-Marty dans le dernier AT17 pour les bourgs castraux en Albigeois. C'est très à la mode, décidément. Et c'est tant mieux.
Le dernier colloque sur « la maison médiévale en Aveyron » en 2013 est aussi riche d'informations. Il est en ligne gratuitement.


Affaire à suivre en tout cas.

 
Notes

(1) Nous les remercions bien sûr pour leur accueil.

(2) C'est en effet, une vingtaine de familles qui vinrent s'installer dans le Cordais.

(3) D'autres pièces de collections, extérieures à notre région, nous sont montrés comme un moule à osties, un canon de réjouissance (XVIII-XIXe siècles) et même un miroir aux alouettes.

(4) Elle peut servir à étudier celle du Puy-Saint-Georges à l'étage dans la tour qui depuis longtemps intrigue.

(5) Il appartient au seigneur du village qui contre l'usage aux habitants fait pays une banalité, une taxe. 

(6) Salle basse voûtée qui sert d'entrepôt pour les tonneaux de vin.

(7) Nous nous posons la question de savoir si il n'est pas déjà inscrit dans la cadre du rempart et de "ses abords".

vendredi 17 juillet 2015

Un cabinet d'amateur


Compte rendu de la sortie du CAPA du samedi 4 juillet 2015
Le Verdier (1)

Secteur : CordaisGrésigne et alentours

Commune : Le Verdier

Météo :  forte chaleur

Participants : Louis, Marcelle et Christophe

Site visité : les alentours du dolmen de Saint-Paul
Voitures : Louis et Christophe


Une visite à Jean Vaissié

Présentoir avec vitrine dans le salon de Jean Vayssié


  Un collectionneur

Ce jour-là, avec Louis F., nous nous sommes rendus chez Jean Vaissié aux Garrigues sur la commune du Verdier. Cet ancien chimiste cantalou fort sympathique conserve une belle série lithique connue des préhistoriens locaux. Suite à un signalement de Régine, c'est Marcelle Goisset de Sainte-Cécile-du-Cayrou qui nous avait informé de son existence (2).

Après un questionnement de nature technique en bonne et due forme, Jean Vayssié nous a présenté ses pièces et nous avons pris quelques-unes en photo.

Le Verdier : une usine à silex

La série lithique récoltée montre une grande variété temporelle de la petite pointe de flèche néolithique au biface acheuléen ; que de siècles écoulés!

Comme le faisait remarquer André Tavoso, au Verdier, l'abondance de ressources est telle que nul n'est besoin d'économiser la matière première. Sans relâche, des générations et des générations de tailleurs ont tapissé le sol de leurs déchets. Moustériens, Acheuléens, Néolithique, meulière du XVIIIe siècle, c'est selon. Il y en a véritablement pour tous les goûts. Les utilisations du silex s'étalent sur des centaines de milliers d'années. Dès lors, le paysage archéologique est pour ainsi dire passablement embrouillé (3)

Quant aux outils finis, facilement repérables (bifaces, racloirs, lames, pointes de flèche), ils ont été le plus souvent emportés loin du Verdier. Cependant, des exceptions garnissent des collections privées dont le devenir est incertain et compliqué (4). Isolés de leur contexte les outils ont peu de valeur archéologique en tant que tel. Ils ont parfois une valeur pécuniaire.

Tous les pièces de Jean Vaissié - sans exception - proviennent des champs et vignes à l'est du dolmen de Saint-Paul (Sainte-Cécile-du-Cayrou) et sont issues de ramassages successifs sur plusieurs années. Le plus souvent au début de l'automne.

Deux pièces remarquables frappent dés le premier abord notre attention.

D'abord, un biface de plus de 20 cm de long sur gros galet de quartz (5). Il est réservé au talon et taillé au percuteur dur de façon rapide sur les deux faces. Demeure des plages du galet initial. Il n'est pas pointu (6) et les tranchants sont presque rectilignes et retouchés ici et là, mais grossièrement. Il est assez caractéristique des outils les plus anciens que l'on trouve dans le Tarn à l'Acheuléen. C'est surtout sa dimension qui impressionne.




 Face convexe
Face plane
Notez dans le cas présent la taille des enlèvements hors-normes. Parfois de 10 cm.

Autre pièce intrigante, un petit biface roux taillé au percuteur tendre autour d'une micro-galerie en forme de trou qui ne semble pas avoir servi d'emmanchement. Recherche esthétique ou fonction pratique inconnue ? Allez donc savoir.


Il ne s'agit pas d'une perforation d'origine humaine mais bel bien d'un accident naturel du silex. Il n'y a pas eu de forage. Le trou oriente la taille et le choix.



Après un pastis rafraichissant, nous prospectons sans grand résultat (7). Nous remarquons des zones à rognon et des éclats indubitables mais pas d'outils. Nous reviendrons sur les lieux à un moment plus propice et surtout sous une chaleur moins accablante.


Notes

(1) Pour des raisons pratiques (suite aux conseils de Marcelle) et parce que la rencontre a été décidée rapidement, la sortie n'était pas ouverte à tous les membres. Elle se déroula en matinée.

(2) Marcelle elle-même a fait quelques découvertes que nous prenons en photo.

(3) Quand les déchets ne sont pas enfouis par les circonstances.

(4) Nous nous arrêterons un jour plus longuement sur le sort de ces collections en donnant quelques exemples.

Le territoire en question (Le Verdier) n'est pas dépendant d'un centre de conservation officiel. La collection appartiendra un jour (lointain j'espère) aux héritiers à moins que des démarches particulières soient accomplies par l'inventeur.  Ce que nous souhaitons. Les héritiers ne sont pas toujours passionnés par "les vieux cailloux" et cela peut se comprendre.  

(5) D'ailleurs étranger au contexte géologique du Verdier.

(6) Limite "hacherau" pour les spécialistes.

(7) Mais est-ce vraiment étonnant ? Jean Vaissié fatigué ne peut pas nous accompagner. Il le déplore.