dimanche 22 mars 2015

A propos d'indices moustériens livrés par Jean Lautier


ESCAPADE du mercredi 12 mars 2015
Marnaves / Tonnac



Secteur : Cordais

Commune : Marnaves et Tonnac

Météo : grand beau temps

Participants : Bernard, Jean-Pierre, Régine, Camille, Louis F., Franck, Claudette et Christophe

Sites visités : sites moustériens du Combalas (vers Rivet) + prospection à Saladis (Tonnac)

Sites vus, évoqués ou à voir : une ancienne église disparue au bord du ruisseau Saint-Guilhem. Faute de temps, nous n'avons pas pu nous rendre sur le lieu de Mayrin, plus au nord, pour y trouver des restes de sarcophages et une pierres sculptée sur façade : un couple de personnages photographié par Jean Lautier. Ce n'est que partie remise.

Voiture : Jean-Pierre

 Ensemble des zones prospectées ce jour-là

Avant les paysans à l'âge des dolmens, les chasseurs du Moustérien

La recherche de sites préhistoriques en plein air spécifiés par Jean Lautier dans ses archives n'est pas facile tant il est vrai que les paysages ruraux ont changé en l'espace de presque 50 ans. Il s'agissait pour nous de retrouver ces lieux fréquentés dès le Moustériens (1) à proximité de mégalithes élevés fort probablement bien après (2). Ces lieux sont indiqués avec plus ou moins de précision par Jean Lautier.

Nous nous garons au hameau de “Rivet”, non pas sans avoir prévenu les propriétaires assez réticents d'abord à l'idée de voir débarquer des « zadistes ». Vite rassurées par nos âges vénérables respectifs (3), ils nous accueillent aimablement. Le propriétaire évoque devant nous l'existence d'un moulin en contre-bas de sa maison d'où il a extrait un grand linteau gravé qu'il a inséré dans son avancée. Nous n'avons pas photographié la pièce.

En outre, le propriétaire évoque le lieu-dit de “Combalas”. Il distingue la bâtisse actuelle dite de "Combalas" des parcelles ainsi dénommées qui sont plus au nord.  Il nous montre au loin un chemin fort dégradé aujourd'hui qui mène à Saladis. Il est encore bien visible sur le cadastre actuel. Pour lui, Combalas fût toujours une ruine, une « bergerie » et ce, déjà à l'époque de son père. Il n'a jamais entendu parler que de dolmens dans ce périmètre.

Nous nous dirigeons sur les lieux indiqués par Jean Lautier.

Au fil des temps, l'évolution d'un paysage

Au milieu de bois clairs composés de chênes verts, ça et là, affleurent de façon discontinue par plaques les grès triasiques du début du Secondaire. Ces roches acides donnent des sols bruns faiblement lessivées. Les paysans y plantèrent des châtaigniers. Restent des spécimens creux encore majestueux. Ils poussent encore sous forme de rejetons.

Faute de terres fertiles, ces espaces ne semblent pas avoir été densément occupés au XIXsiècle (4). L'espace fut longtemps réservé au pâturage. À part exception, bien sûr. Quelques « clairières » étaient encore travaillées, il y a 50 ans à l'époque où Jean Lautier prospectait. Aujourd'hui, plus rien. La friche revient par îlots autour de tas de cailloux, résultats d'épierrage ou de cabanes effondrées. Y abondent les ronces.

La balade est difficile, l'observation au sol impossible. Nous nous nous dirigeons vers le nord. Nous franchissons des barbelés. Des micro-carrière et des ruines de cabanes de pierre, des clôtures se succèdent, périlleuses à enjamber.

Dans sa partie orientale, l'espace est davantage à découvert mais pas plus prospectable car en pelouse. Lors du retour, nous traversons un bois de résineux en plantation dans des parcelles très allongées et étroites qui existaient déjà en 1840. Elles s'étalent entre les deux chemins.

Nous revisitons le dolmen de Saladis au sommet du bois de “Signé Grande” dont j'ai déjà parlé dans une sortie précédente.

À Saladis

Nous nous rendons ensuite en voiture à la ferme de Saladis (5) au carrefour de deux communes mais installée sur Tonnac.

Le propriétaire (80 ans sur un tracteur !) évoque l'existence d'une concentration de tuiles romaines sur le versant qui mène au cours d'eau (3 sur la carte). Il nous rappelle l'existence d'une « église », celle de Saint-Guilhem (en 1) aujourd'hui disparue. Elle serait en bordure de ruisseau. À vrai dire, je ne trouve pour l'instant aucune mention à ce bâtiment nulle part.

Nous finissons par trouver quelques morceaux de silex blanc dont quelques éclats sur le versant en cours de labours. Rien de vraiment probant mais un indice tout de même.
Nous observons des morceaux de tegulae qui proviendraient d'un site à proximité de la serre du bas dans les colluvions du cours d'eau.

C'est tout pour cette sortie.

Notes
 

1.De Moustier en Dordogne. Paléolithique Moyen. Pas après 30 000 avant notre ère. Cela correspond à la présence néandertalienne.

2. En effet, trois dolmens irréfutables sont présents dans cet espace gréseux : les deux de Rivet et celui de Saladis

3. Je ne sais s'il faut le déplorer...

4. Si j'en crois le cadastre napoléonien. 
5. À noter que le toponyme peut faire référence à une demeure seigneuriale au haut Moyen Âge. 





mercredi 18 mars 2015

Au coeur d'un souterrain aménagé au Moyen Âge


ESCAPADE du samedi 7 mars 2015
Souterrain du Puech de Bar


Secteur : Cordais

Commune : Saint-Marcel-Campes

Météo : le printemps enfin.

Participants : Charlette, Werner, Michel, Bernard, Jean-Pierre, Régine,Yann, Louis F., Franck et Christophe

Sites visités : site du souterrain du Puech de Bar

Sites vus ou évoqués : Tour-pigeonnier du Roul, Buffevent, Puech Gaubel, carrière de grès à l'ouest du Roul, une croix planté dans un bloc calcaire.

Voiture : Christophe, Michel et Louis

 Le souterrain du Puech de Bar (source IGN 1/25 000)


Mais d'où vient ce besoin de creuser sous la terre ?

On est moins dans le doute désormais. C'est dans l'histoire des campagnes qu'il faut ranger les souterrains « ruraux ». À l'époque du Moyen Âge, il en existe probablement autour d'une centaine dans l'Albigeois. Peut-être plus (1).

La sortie en 2012 de l'ouvrage Souterrains et cavités artificielles du Tarn de Robert Coustet et Bernard Valette a permis une synthèse sur un sujet controversé.
Longtemps, les pionniers de l'archéologie tarnaise virent dans ces cavités l'œuvre des préhistoriques ou protohistoriques. Au Moyen Âge, ces caves profondes perpétuaient l'esprit de croyances anciennes. Croyances en lien avec le catharisme. La théorie circula longtemps. Il est vrai que les archives inquisitoriales sont riches en mentions à des cathares dans des « cruzels ». C'est le nom donné aux souterrains dans notre région spécifiquement. Aussi, le pape et le comte de Toulouse au début du XIIIe siècle décidèrent leur destruction. D'autres spécialistes, encore, ne voyaient dans les souterrains que des échappatoires à proximité des châteaux. Comme souvent la réalité est moins pittoresque mais tout aussi intéressante.

De l'entrepôt au refuge

En règle générale, les souterrains sont l'œuvre patiente des paysans à la période de plénitude des campagnes tarnaises que constituent les XIIe et XIIIe siècles. Peut être même un peu avant. Proches d'une zone de culture, associés à des habitats, s'ils ont pu servir à des fins défensives, ils sont d'abord des lieux de stockage des récoltes. Mais la raison initiale du creusement est souvent dépassée par d'autres impératifs. On touche là justement un point passionnant de l'archéologie. À chaque fois il faut bien distinguer l'intention première des usages qui diffèrent selon les époques. La fonction du monument ou de l'objet évolue. C'est vrai pour les souterrains comme pour d'autres structures. Ainsi,un menhir devient une croix, un théâtre une place publique, un collier abîmé une attache pour les clôtures.

Le souterrain visité ce jour-là témoigne de ces questionnements. Autrement dit, a-t-il été conçu pour se cacher ou pour entreposer ? A-t-on envisagé les deux cas de figure? Et ceci dès la construction.

Après visite et don de notre brochure sur les souterrains au fils du propriétaire, il nous ouvre aimablement l'accès au site. Nous y parvenons sans trop de difficulté par le versant est.
 
   Plan du souterrain dressé par la Société spéléologique des Pays Castrais et Vaurais

La cavité est creusée au pic dans des bancs de calcaire lacustre du Tertiaire (2).
Cette roche est propice au creusement. La cassure s'y fait à angle vif. L'attaque au pic d'extraction y est plus facile que dans les schistes. Les traces d'impacts des outils sont visibles par endroit.
 
Autres remarques en vrac : en dépit des fortes précipitations ces jours derniers, sur le lieu sont absentes les grandes flaques si fréquentes dans les souterrains. Il n'est pas possible d'y faire des graffitis tant la surface est irrégulière, graveleuse. À l'intérieur, il n'y a pas de traces de maçonnerie ou, tout au moins plus, de traces.

Nous pénétrons par l'entrée basse au flanc du talus. Elle est exposée au levant. Quelques ruines sont autour dans les broussailles, mal identifiables même en période hivernale. Il n'est pas exclu que ces ruines furent autre chose un jour que des bergeries.

Passé le porche, la cavité ouvre sur une salle rectangulaire creusée et aménagée avec des réduits, des niches, des trous de poutre sur les parois. Nous l'appelons le «hall» car ce mot correspond bien au volume et à la possibilité de lumière. Pas de silos (3) mais l'espace peut accueillir du matériel grâce à des sortes de « boxes » creusés.

Il y a deux entrées. Une petite (qui devait pouvoir se fermer) et une plus grande qui a subi des effondrements visibles. Oui, l'entrée est souvent la partie fragile du souterrain. Surtout quand il s'agit de terrain calcaire. Des effondrements ont eu lieu à des époques indéterminées, y compris à l'intérieur.

Le hall du souterrain dans sa partie basse. Une sorte de box sur le côté. On remarque le côté vacuolaire du calcaire.

     Des niches creusées dans la partie nord du hall


Trou de vision, goulot (?) dans un box

Au fond, à quatre mètres, le hall ouvre sur un couloir assez large d'un peu plus d'un mètre pour deux mètres de hauteur. Les côtés droit et gauche permettent un rangement sans gêner le passage. Un homme même grand s'y tient debout.

Le passage voûté en ogive au bout d'un large couloir.

La premier couloir s'achève. Il ouvre à présent par un passage voûté en ogive sur un corridor étroit. De quoi laisser passer un homme. Il mène à un premier coude. Plusieurs se succèdent. Quatre à la file. Deux sont à angle droit, de quoi freiner l'avancée d'éventuels assaillants.

À chaque coude, on distingue les traces d'un système de fermeture. Passés 4 mètres ce corridor de communication s'élargit pour laisser place sur les côtés à deux espaces aménagés en longueur. Un côté est comblé par de gros cailloux en tas. On avance courbé pour les plus grands d'entre nous. La lumière du soleil ne pénètre pas, même quand les ouvertures sont béantes. 

  Sombre corridor lors de son élargissement

Puis c'est la remontée par un escalier à angle avec des marches assez larges surtout dans sa première partie.

 Escalier de remontée pour accéder au plateau




Accès à l'extérieur

À l'extérieur

La galerie débouche au cœur même d'un bâtiment rectangulaire de 4X5m sur la partie sommitale de la butte. Ici, l'habitat de surface n'a pas disparu. Ce dernier est en relation direct avec le souterrain. Reste à connaître la nature de cet habitat à l'origine (4).
Il semble qu'il y avait une fissure naturelle avec une petite cavité au nord. Il semble aussi que le souterrain ait été éventré sur le haut. Un aven, une crevasse a-t-elle été prolongée ? Ce n'est pas impossible. La cavité servait-elle de cave ? Autour des bases de murs en pierres s'élèvent de 60 cm.

Sortie ou entrée du souterrain au coeur même d'un bâtiment. Jusqu'à quel point la tranchée existait-elle ou est-elle le fruit d'un effondrement ? 

Le mur nord possède les caractéristiques suivantes : les moellons utilisés sont de tailles différentes ; ils sont ébauchés, jamais équarris, posés à sec apparemment mais nous ne sommes pas assez instruits pour le certifier. La nature pétrographique est le calcaire blanc et le grès que l'on trouve quelques 100 m plus au nord et à l'est. Nous avons repéré une micro-carrière. L'épaisseur du mur est de 80 cm.

 Composition d'un mur du bâtiment. Ici, des blocs calcaire grossiers.

Dans la perspective du premier, un deuxième bâtiment s'étend quelques 5 mètres plus à l'ouest. Il est plus difficile d'en cerner exactement les limites. La SSPCV y trouva une fusaïole (5) en terre cuite à l'aplomb d'un mur lors d'un sondage en 2010 (6).

Découverte de seuils

L'un des bâtiments s'ouvrait au sud par une porte. Un seuil en pierre de taille en grès a été repéré et   "défeuillé".

 Seuil du premier bâtiment.


Un autre seuil, à l'ouest, celui du deuxième bâtiment est visible. Ces seuils peuvent nous donner le niveau d'un sol de circulation. En cela, leur découverte n'est pas dénuée d'intérêt. Il est peu probable qu'ils aient été déplacés. Nous notons la présence de ces seuils avec des rectangles rouges sur le plan.

La tour du Roul dans un sale état

Par la suite nous nous rendons au lieu-dit du Roul où nous prenons la tour-pigeonnier en photos. L'édifice ressemble comme un frère à la tour carrée de Salles-sur-Cérou si ce n'est son état de conservation, très dégradé. Un crépis grisâtre couvre les façades et rend les observations difficiles. Roul ferait-il partie de ces "forts villageois" dont parle Élodie Cassan (7) au même titre que Frausseilles, Mouzeys, ou Souel ? C'est envisageable à la lueur des signes extérieurs du bâti. Sont remarquables une fenêtre géminée — si l'on en croit la trace d'une colonnette dans la façade — et une porte en arc brisé s'ouvre en bas de la tour (8).
On peut, au vu des indices, évaluer la construction de la tour à la fin du XIIIe siècle.


Trace de colonnette dans la façade

Cette tour pourrait faire l'objet de nouvelles investigations en contactant le propriétaire.


(1) Oui, notre territoire est « un vrai gruyère » : carrières, caves, silos, souterrains. 
(2) Nous n'y avons pas repéré de fossiles.  
(3) À vrai dire, nous n'avons pas réalisé une observation précise du sol. La tâche ayant déjà été accomplie par nos collègues de la SSPCV. 
(4) Le statut exact des habitants qui possédaient un souterrain questionne les archéologues.
(5) Une "fusaïole" est un anneau utile pour le tissage des textiles. Voir ci-dessous. 
(6) Le souterrain a été visité par Jean Lautier auparavant.
(7) Élodie CASSAN - Des forts villageois autour du castrum de Cordes en Albigeois : défense des campagnes et évolution des paysages du XIVe au XVIIe siècle, Archéologie du Midi médiéval,tome 29, 2011
Je retiens aussi que le fils du propriétaire me parle d'une autre tour dont il a gardé une marche d'escalier à vis, plus au sud de la première. À voir avec le propriétaire des lieux.
(8) Ouverte plein nord, bizarrement.




Fusaïoles trouvées dans un souterrain au cours d'un sondage



Livre idéal pour découvrir les souterrains du Tarn