jeudi 30 octobre 2014

Scapade à Saint-Mémy


Compte rendu de la sortie du CAPA du samedi 4 octobre 2014

Graulhet

Secteur : vallée de l'Agros, limite entre les communes de Graulhet et de Labessière-Candeil

Météo : du soleil.

Participants : Charlette, Régine, Bernard D., Michel, Jean-Simon, Kevin, Jacques, Franck , Christophe et Michel Coste

Sites visités : Sites de Saint-Mémi-Vieux, de La Frégère et de l'église de Saint-Mémi de Gayrac
Sites vus ou évoqués à prospecter ultérieurement : un souterrain comblé à En Gleyses 

Voitures : Kevin et Bernard



Nous avons répondu à l'invitation de Cédric Malet, agriculteur à La Frégère et propriétaire des lieux mais c'est avec Michel Coste que nous nous sommes rendus sur le terrain autour du hameau actuel de La Frégère. Il a commenté l'implantation des bâtiments disparus et nous a fait visiter l'église. Qu'il soit remercié pour ses éclairages précieux.

Saint-Mémi-Vieux

Nous nous rendons pour commencer sur le site dit de “Saint-Mémy-Vieux". La tradition raconte que le haut du mamelon était occupé par un bâtiment religieux, type église. En ce lieu même, en 1950, on trouva des tombes en pleine terre. À l'époque, les versants étaient encore couverts de vignes. Il y avait une garenne. Cédric Malet, et son père avant lui, y extrayaient régulièrement des tuiles et de la céramique médiévale en morceaux. Il y a tout lieu de penser qu'il existait donc un bâtiment à cet endroit précis. 

In situ, une brève prospection - non facilitée il est vrai par la faible profondeur du labourage - nous a permis de trouver sur les versants quelques spécimens de céramiques médiévale et moderne. Pour les plus anciens, des morceaux épais à dominante grise, type anses de pégaux funéraires. Par ailleurs, nous notons la présence d'un morceau de anse d'amphore et des micro-fragments de sigillée très fine en quantité non négligeable. Notre ramassage montre que le site était occupé bien avant la période médiévale. Il est facile de s'en convaincre.

Enfin, des ébauches d'outils préhistorique sur galets de quartz (étrangers au contexte géologique) ont été relevés ainsi qu'un nucléus en silex avec plan de frappe et surface débitée. Jacques nous informe qu'après guerre, le site a été reconnu par Jean Lautier et Jean Bordenave. Jacques était présent lors de cette reconnaissance de terrain.

Les archives de Lautier sur Graulhet donneraient-elles plus de renseignements ? Peut-être. Les grès affleurent sur le haut. Les couches archéologiques ont du glisser sur les côtés. Il est peu probable qu'il demeure encore des substructures à l'état solide .

En tout cas, un regard attentif sur les photos aériennes depuis les années cinquante n'a rien permis de déceler si ce n'est la grande variété, avec le temps, des types de cultures. Des chemins importants passaient aux alentours comme celui de Sieurac au sud-est. Étrangement, ce site n'est pas mentionné sur la CAG.

Cédric Malet, qui nous a rejoint, se propose de nous montrer un autre site à proximité.


La Frégère


 schéma


Prise d'eau au pied du front de carrière



Sur la route menant à l'église, nous nous garons dans un champs qui borde une falaise. Affleure les calcaires sannoisiens certainement exploités pour la chaux, le ciment ou pour les blocs à une époque indéterminée. Des traces d'extraction sont visibles.
Un fossé en bordure de falaise. Des déblais possibles sont repérables recouverts de friches en bord de route.

Nous sommes alors conduits à un puits creusé ou recreusé il y a une vingtaine d'années. À l'aide de l'éclairage d'une lampe, ce puits conduit à un vaste bassin aquifère souterrain taillé avec un degré. Est-il le fruit d'une résurgence ? En tout cas, il y a eu anciennement des creusements, des aménagements. D'ailleurs, le bassin a entraîné, à une époque indéterminée, l'installation de conduites en direction du sud. Ces conduites ne nous ont pas été décrites avec assez de précision. Elles étaient « en pierre ». Actuellement, une épaisse dalle de grès couvre « quelque chose » en haut du fossé de la route. Il est difficile de soulever cette dalle.
Ce site a été visité par Jean Lautier et le jeune Jacques Mathieu.


Plus à l'ouest, un chemin grimpe sur le plateau. Aux dires de la mère de Cédric Malet, actuellement domiciliée à Agen, des enfants auraient trouvé sur les côtés dans la pente, de la céramique dans des « niches » creusés. Juste au-dessus, Michel Coste évoque la présence de tombes (un cimetière ?) en pleine terre sans objet. Nous dominons l'église. Pour lui, c'est un cimetière médiéval. Etant donné l'état de la végétation, nous n'avons absolument rien trouvé susceptible de confirmer les propos de nos accompagnateurs. Nous ne désespérons pas cependant.

L'église de Saint-Mémi de Gayrac

Pour Michel Coste, le bâtiment actuel n'est pas très ancien (XVIe/ XVIIe siècles). Dans le vallon, il aurait remplacé une première église installée plus haut à "Saint-Mémi-Vieux". Le déterminant « Gayrac » serait la conséquence d'un bâtiment antérieure - gallo-romain - sur lequel repose désormais l'église. Gayrac viendrait d'Agariacum, la propriété d'Agarius. Il a constaté des traces construites lors d'aménagement sur le côté nord de l'église. Il a, aussi, prélevé sur les lieux du mobilier gallo-romain. Nous avons pu le voir, il y a quelques années1.

Au XVe siècle, Saint-Mémi de Gayrac accueille un prieuré, celui de Sainte-Catherine. De mœurs assez légères selon certains, les religieuses en furent chassées par Louis d'Amboise qui transféra l'administration de la paroisse au chapitre de la cathédrale d'Albi.
À l'édifice ancien, on a ajouté un clocher-mur à arcades dans la première partie du XIXe siècle. À la même période, deux chapelles ont été ajoutées à la nef. À l'extérieur, nous constatons de visu des marques bien caractéristiques de tâcheron sur les blocs de grès. Nous notons l'existence d'un larmier au sud, de contreforts bâtis lors du réaménagement de la nef. Des baies percées avec vitraux. Il y a - et c'est surprenant - peu de réemplois visibles.

Michel Coste a l'amabilité de nous ouvrir et de nous faire visiter l'intérieur de l'église. Des précisions nous sont apportées quant à saint Mammès. C'est le saint patron de l'église, martyr de Cappadoce du IVe siècle, il est à l'origine d'une ville en Seine-et-Marne. La cathédrale de Langres lui est dédiée. Saint Mammès, c'est « celui qui a été allaité ».

Nous sont présentés tour à tour un tableau-retable de la fin XVIIe et un christ du XVIIIe siècle. Un chapiteau roman a été récupéré dans l'église2. Il daterait du XIIe siècle. Resté longtemps sous les assauts du climat3 dans le cimetière au sud du bâtiment, il fut mis en dépôt à Graulhet par Monsieur Henry Manavit. Il a intégré l'église, voilà une vingtaine d'années, à la suite d'une demande de Michel Coste. D'où provient ce chapiteau « à l'origine » ? On ne sait trop. Peut-être de l'abbaye de Candeil. Il est inscrit  depuis 1992 à l'inventaire des monuments historiques.



L'organisation de la composition est très classique dans le roman tarnais. On en retrouve la trace à Salles et à Lagraves si nos souvenirs son bons. Il est orné de volutes en encorbellement, habité au centre par un visage angulaire et fruste. Deux fleurs de lys sont appliquées contre le feuillage de chaque côté.

La fleur de lys, plante royale par excellence, est une figure ancienne dont on trouve des traces à la période carolingienne et même franque. Elles ne deviennent emblème de la couronne qu'au début du XIIe siècle. Notre enquête s'achève ici. Nous quittons les lieux après avoir remercié Michel Coste.


1 - Les parcelles à l'ouest de la route sont riches en matériel gallo-romains de toutes sortes. Ceci lui fait dire qu'il y avait une villa. L'inventaire de ce qu'il possède gagnerait a être fait.
2 - Il y en avait même deux à l'origine.
3 - Le grès est très patiné comme glissant, lustré.

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Dix ans bientôt.

Issu d'une scission de l'ASCA de Jean Lautier, le CAPA rassemble une vingtaine de passionnés, d'amateurs curieux d'archéologie aux connaisseurs expérimentés. Depuis bientôt dix ans (2005), il fait connaître le patrimoine matériel archéologique et historique de l'Albigeois auprès d'un large public.

Ses domaines d'investigation sont larges. Qu'il s'agisse de visiter des sites bien connus à des fins d'inventaire ou d'en découvrir de nouveaux, le CAPA tente de faire le lien entre les archéologues professionnels, les autorités responsables et, bien sûr, les citoyens.

À ce titre, il s'intègre dans un réseau d'associations couvrant tout le Tarn.
Ce réseau est piloté par le Comité départemental archéologique du Tarn.
I
Des choix thématiques ou géographiques ouvrent sur des publications ou des actions de mises en valeur de sites durant les Journées européennes du Patrimoine.
Tour à tour, Ambialet, Lombers, "La Roque" (Saint-Antonin-de-Lacalm) ont fait l'objet de recherches, de sondages et de présentations publiques.
Les castelas, les cupules, les mégalithes, les souterrains ont focalisé l'intérêt plusieurs années durant.

Chaque objectif fait l'objet de sorties sur le terrain à la rencontre du site et des propriétaires.

Les sondages archéologiques ne sont pas exclus mais ils restent exceptionnels. Ils sont à présent réservés à des professionnels et des chercheurs très expérimentés.

Par ailleurs, il s'inquiète du destin des collections privées et des témoignages anciens en matière patrimoniale surtout quand les traces écrites font défaut.
Il guide et renseigne éventuellement les chercheurs sur les territoires.
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Il se préoccupe du devenir des sites menacés dans le cas de suivi de travaux.

Le CAPA s'adresse aussi aux jeunes publics à travers des animations gratuites dans les écoles ou lors de manifestations.



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