dimanche 21 janvier 2018

Le Moyen Âge est sous la ferme: les petits souterrains du Ségala


Sortie du CAPA du samedi 13 janvier
Présents : Gilberte, Charlette, Louis, Christophe, Yann, Claudine et Philippe


Le Moyen Âge est sous la ferme : les petits souterrains du Ségala

Plan du souterrain de “La Brandié” à Paulinet levé par Louis Malet. 
Reste à dresser un plan topographique de la zone en question.
De petits hameaux, sur la commune de Paulinet qui couvre une partie des hauts plateaux dits des "Monts d'Alban", réservent - encore bien conservée - une série de souterrains ruraux qui remontent probablement à la période médiévale.

En bordure de talweg, le CAPA à pied d'œuvre devant l'accès du bas.
On doit à la perspicacité de Louis Malet leur prise en compte comme des monuments cruciaux à même de relater la vie dans les campagnes à des époques très anciennes. À force d'articles avec quelques autres, ils sont parvenus à placer au premier plan ces vestiges avant délaissés.

Dans la région à l'est d'Albi, leur homogénéité est reconnue. Ils partagent ensemble des caractères communs comme la faible ampleur du réseau. Ils présentent généralement une pièce unique et  se prolongent souvent à l'extérieur par une tranchée. Ce sont les souterrains "du Ségéla" qu'on différencie de ceux de la plaine du Tarn.

Nous ne reviendrons pas sur la discussion qui porte sur les usages de ceux-ci. Faute d'avoir été tranché, le débat a été présenté en http://capa-archeo.blogspot.fr/search?q=souterrain+cordes

En résumé, il s'agit pour les paysans, d'apprivoiser un milieu a priori hostile, concevoir une cavité unique pour stocker, à l'abri, les denrées précieuses de la ferme. Une cavité qui soit la plus accueillante possible aussi pour que les hommes qui la connaissent, y séjournent en cas de menace. 

Il semblerait aussi que le développement des systèmes de défense passive pour décourager les assaillants éventuels n'ait pas été le moindre des soucis des creuseurs.

"La Brandié", "Frayssinels", "Couterri", le CAPA visita ce jour-là les deux premiers, faute de temps.



Reconnaissance de l'ouvrage creusé de "La Brandié"


On le sait, la nature a horreur du vide. Des processus de comblement sont à l’œuvre mais l'ouvrage conserve vous pouvez le constater de beaux restes. Une désobstruction s'imposera peut être dans quelques années.
Après l'aimable autorisation de la propriétaire, Mme Tenedos, nous pénétrâmes dans l'ouvrage par le bas et remontâmes jusque vers la maison.

Les volumes ont été percés à la main dans le substrat local : un schiste violacé. Ce qui relève si ce n'est de l'exploit, au moins d'une détermination remarquable. L'ouverture du bas laisse supposer des aménagements à des périodes anciennes. Mal identifiable en 2018, une tranchée aujourd'hui à ciel ouvert encadrait l'entrée.


L'entrée telle qu'elle était encore en 1991. En 2018, la tranchée creusée est moins visible. 
Elle servait, entre autres, à évacuer les eaux.
Des traces d'outils sont observables sur les parois ainsi que des veines de quartz.

Impacts linéaires verticaux, traces d'outil, type "marteau taillant"
 À même le talus, le goulet est étroit et conduit aussitôt à une grande salle rectangulaire au profil voûté plein ceintre. Peu de chance, étant donnée l'humidité, pour que la pièce eut été véritablement habitée sur le long terme.


Le couloir de remontée, ponctué de marches taillées, passe sous la route actuelle et débouche à proximité d'un hangar. Le gabarit a été calculé au plus serré.


Phénomène généralisé de suintement. Rares sont les souterrains qui échappent aux inondations saisonnières. Des marches d'escalier, de hauteur inégale et irrégulières dans leur présence, épousent une pente de 30 %.


Sinuosité du parcours et dispositif de fermeture contre d'éventuel assaillants


Il est surtout marqué par une série de six segments coudés. Il semblerait qu'un impératif de défense ait compliqué la tâche des concepteurs. Il s'agit de placer l'intrus dans une position d'inconfort tel qu'il rebrousse chemin ; en quelque sorte, de freiner sa progression.

Un ventail plutôt qu'une « porte » était présent si l'on en croit la trace d'une feuillure et de rainures dans lesquelles on pouvait glisser un rondin. Sa présence, à proximité directe d'un angle, rend difficile son « défonsage » étant donné le peu d'élan dont disposait l'assaillant.


C'est vrai le président n'offre pas la plus belle partie de sa personne mais au moins démontre-t-il-l'impossibilté de se croiser dans la galerie. Des niches sont aménagées ici et là pour recevoir des luminaires.

Reconnaissance de l'ouvrage creusé de "Frayssinel"


À "Frayssinel", ce sont surtout les traces extérieures du souterrain qui ont retenu notre intention.


Le réseau du souterrain de "Frayssinel" relevé par Louis et, à droite, son entrée supérieure photographiée. Se découvrent,  par la suite, une dizaine de marches. Comme à "La Brandier", le couloir comprend 8 segments avec des coudes. La déclivité est forte.
La visite du réseau a montré qu'une laisse d'eau envahit progressivement la grande salle oblongue du bas. À terme, le souterrain risque d'être ennoyé car l'orifice se bouche. L'eau est prisonnière.

La tranchée profonde du bas (13 m de longueur, 3 m de profondeur) en extérieur est littéralement envahie par les feuilles et la végétation. La lumière ne pénètre presque plus dans le souterrain.
Par ailleurs, nous avons remarqué toute une série de traces d'aménagement autour de l'entrée (en haut) mais aussi de la sortie du souterrain, preuves fournies par les photos ci-dessous.

Bas flanc banquette sous corniche naturelle
Encoche pour une poutre de grande dimension.
Encoches diverses et variées proches de l'entrée au nord ,pouvant soutenir les madriers d'un plancher ou d'un toiture
Saignée en Y renversée.
Pour terminer, retenez qu'une conférence du CAPA sur les traces archéologiques des XIVe et  XVe siècles dans l'Albigeois portera - entre autres - sur ces souterrains. Elle est prévue le 14 avril 2018 au Centre Occitan Rochegude mais nous en reparlerons.



mardi 12 décembre 2017

A Saint-Grégoire, des mines de fer ressuscitées après 2 000 ans d'existence



   Deux mots à propos d'une découverte minière

 Sortie du dimanche 1ᵉ octobre

 
On connaissait l'étendue de la présence des mines de fer, bien éclairée par Marie-Pierre Cousture et son équipe de chercheurs. Dans son travail, une part belle est accordée à l'Ambialades, aux Monts d'Alban, au Lacaunais aussi. Au fil du temps, la carte des gisements anciens exploités connus et moins connus s'est étoffée. Elle est désormais très riche.

Les proches alentours d'Albi, en revanche, restent fort mal connus. Faute de recherche, faute de la présence d'aménagements récents, destructeurs des sites, il était difficile d'y voir clair dans la vallée du Tarn au niveau d'Arthès et Saint-Juéry. Pourtant, l'existence de mines est plus que probable au Moyen Âge et même avant vu l'existence de filons connus ⁽¹. La preuve, la voici.


Des déblais d'exploitation  par centaines de tonnes  descendent presque sur la route qui longe le Tarn. On remarquera qu'aucune plante n'a repoussé sur ce qui fait immanquablement penser à des terrils. 
À fleur de terre, le minerai non sélectionné en petits morceaux concassées.

Métallurgie extractive : un paysage bien caractéristique


Nous sommes sur la rive droite du Tarn



La découverte du site est due à la sagacité de notre amie Christine Ferrière qui affirmait avoir repéré de la "loupe" de fer et des amphores. Elle nous fit part de ses certitudes.



Nous nous rendîmes sur les lieux. Le chemin qui monte au hameau de Lacalm porte de nombreux débris d'amphores. On en trouve aussi dans les chablis. Fragments d'amphores de type Dressel 1 comme plus en amont à proximité des sites miniers : "Trou des Anglais", à Baudasser, à La Ferrandié où les traces gallo-romaines ne manquent pas.



En contrebas, sur les pentes à nue, une immense auréole de déblais entoure plusieurs fosses creusées encore bien perceptibles dans le paysage et, plus spectaculairement, encore : des départs de galeries.



Trou de mine, type puits

Départ de galerie. Rien à craindre, celle-ci est colmatée au bout de trois mètres par des remblais. La présence du fer associé à des filons quartzeux est visible dans la roche. Des prélèvements sont possibles.
La présence d'amphores sur le site laisse peu de doute planer sur l'âge vénérable du lieu d'extraction. Reste à trouver des traces de fours. Si nous sommes sûr d'une activité d'extraction, nous n'avons pas rencontré d'indices de transformation du fer comme des scories ou des parois de four. Pour l'instant...


La proximité du Tarn, à quelques cent mètres, laisse penser à son utilisation pour le transport et /ou pour le travail du métal.


En outre, la présence guère éloignée du château de La Bastide-des-Vassals peut-elle être en lien avec ces gisements exploités? Ce n'est pas impossible. L'avenir nous le dira. Toute une histoire reste à écrire. Celle de l'exploitation de ces mines dans le temps, celle de leur abandon par la même occasion.



Notes
(1) - La présence d'un signalement sur la carte géologique comme dans le cas présent manque de repérage clair de terrain.