lundi 14 août 2017

Questions autour d'un très vieux cercueil

Le cercueil monoxyle des Avalats

Enterrer les morts au Moyen Âge

Mercredi  5 juillet 2017



Secteur Albi

Commune : Saint-Juéry

Météo : chaleur estivale

Participants : nombreux du CAPA et de Saint-Juéry

Objet observé : le cercueil monoxyle des Avalats


Sept ans déjà

Les Avalats au bord du Tarn, été 2005, des travaux de réfection des canalisations permettent la mise au jour d'un cercueil pas comme les autres. 

Il appartiendrait à l'une des premières générations de cimetière autour d'une église romane aujourd'hui disparue. La sépulture en question aurait entre 1200 et 900 ans. La fourchette pour l'instant est très large mais il se pourrait qu'elle se réduise au fil de l'étude.

Exceptionnel : le contenant funéraire est en bois (1). Non pas des planches clouées mais bel et bien une cuve taillée directement dans le tronc d'un arbre (2) dont l'origine et l'ancienneté (3) restent à déterminer. Ce genre de sépulture assez rare en France  mérite un traitement  bien particulier (4).



Un tronc évidé sur 230 centimètres de long, 40 à 50 cm de diamètre, c'est le cercueil des Avalats




Un cercueil taillée dans un tronc d'arbre.
La conservation partielle de la matière végétale d'habitude putrescible est la conséquence d'un séjour en milieu très humide. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui où l'objet est déposé dans une cave à proximité de la mairie.

Il est à noter qu'une alvéole céphalique (le caisson aménagé pour le place de la tête), un fond plat, le distingue des cercueils monoxyles néolithiques trouvés récemment en Corse (5).

 
Repérage de l'alvéole céphalique d'une vingtaine de centimètres


Manque de précautions au départ

Étant donné le contexte, peu de précautions archéologiques ont été prises lors du dégagement du précieux objet. Aucune remarque de nature stratigraphique n'a pu être réalisée. Aucun relevé. En outre, le couvercle a disparu, le contenant aussi (6).

C'est Alaïs Tayac dans Archéologie Tarnaise qui porta un premier éclairage sur l'objet en question (7) et surtout l'origine du village des Avalats.

Suite à son dégagement, le cercueil a rapidement été placé à l'abri dans un local sombre de la mairie. Le bois depuis douze ans s'est lentement dégradé même si un lent séchage de la structure a permis qu'elle ne tombe pas en poussière.

Il faut agir 

Tous bien conscients du problème et de son urgence, le Service régionale d' Archéologie, la mairie de Saint-Juéry en la personne de l'ajointe au maire, Joëlle Villeneuve, les passionnés du patrimoine saint-juérien et l'archéologue Alaïs Tayac se sont concertés pour mener à bien la conservation et la mise en valeur de cette sépulture si originale.

Des consultations sont en cours avec différents laboratoires pour une conservation et une meilleure connaissance de ce précieux héritage du passé régional.

Une association va se former, vous en saurez plus dans quelques temps.

 

Notes

(1) - Y-a-t-il un choix d'essence particulière pour ce genre de fonction? Par ailleurs, il n'est pas impossible dans de meilleures conditions de voir l'impact de l'herminette et ainsi connaître le travail du charpentier à l'extérieur comme à l'intérieur du tronc.

(2) - Il y a une grande variété de sépultures en bois: de la caisse clouée qui va dominer à partir du XIVe siècle aux coffrages dans la tombe, aux brancards, aux litières de brindilles.  Le cercueil monoxyle n'est qu'un choix parmi d'autres.

(3) - Si il est possible grâce à la dendrochronologie.  

(4) - Patrice George-Zimmermann, Sacha Kacki, Le cimetière médiéval de Marsan (Gers), L'Harmattan, Paris, 2017. Pour la première fois un cercueil de ce type est passé au crible d'une analyse d'autant plus poussée que le contenu, un squelette était en bon état de conservation. Des découvertes plus anciennes ont aussi été faites à Saint-Géraud d'Aurillac.

(5) - https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/mystere-autour-des-cercueils-en-bois-de-l-age-du-bronze-decouverts-en-corse 113853

(6) - Il est douteux. Quelques os humains? Os d'animaux ? Il n'est pas interdit d'espérer que quelques fragments d'origine aient été conservé dans la gangue de boue séchée. Pourra-t-on en tirer quelque chose?

(7) - http://archeologietarn.fr/wp-content/uploads/2014/11/TAYAC_AT14.pdf

mercredi 19 juillet 2017

Plaisance, une bastide et une église

Un air de Plaisance
Morceaux choisis de la sortie

Samedi 20 mai 2017



Secteur Aveyron

Commune : Plaisance et Curvalle

Météo : sans soleil et lourd

Participants : Dominique, Christophe, Louis, Pierre, Rosy et France

Site visité : le village de Plaisance et son église
 

Voiture : Pierre

Merci à notre guide France Felix et à Pierre pour la partie callade et la croix des hospitaliers. À Franck aussi pour la croix Saint-Eutrope.


Dessin de 1857 réalisé par l'instituteur Léon Denisi. Le paysage a connu depuis quelques modifications mais l'allure générale est là. Le village de Plaisance est organisé autour du pont. On distingue bien "lou balat", le fossé qui longeait les rempart avec la croix. La partie supérieure est la plus anciennement peuplée

1298, Plaisance appartient à la dernière génération des bastides créée dans le Midi toulousain à l'initiative du roi de France après le rattachement du Rouergue au Royaume. 
En l'occurrence ici, Philippe le Bel.

Ce grand mouvement de création de villes nouvelles n'épargna pas l'Aveyron avec à proximité, un peu plus ancienne et très remarquable celle de  Sauveterre-de-Rouergue (1281). 

Les traces discrètes subsistent d'une bastide

À proprement parler, Plaisance ne sort pas de terre ex nihilo.

Comme souvent pour les bastides, un habitat préexistait, le nouveau statut était alors l'occasion d'attirer de nouveaux habitants dans la vallée du Rance.

Reste que le premier stade d'habitat, avant même la bastide, suscite bien des hypothèses  difficiles à étayer à cause de la pauvreté des archives avant la guerre de Cent Ans.

Il est probable que la colline hébergea un premier noyau d'habitat autour d'une église. Le bas de celle-ci fut, par la suite, aménagé et loti dans une perspective de bastide. Le nom de "Plaisance" (1) apparait à cette époque. Cette bastide, comme beaucoup d'autres, semble avoir connu des difficultés pour se développer à proximité du pont mais le projet n'avorta pas complètement.

En témoigne encore la grande rue et la place au bord de la rivière.

Trace d'un plan d'urbanisme ancien. Au fond la rivière du Rance. 
La rue principale est large de 5 à 8 mètres. Elle étaient réservée aux attelages et au bétail. Une transversale est-ouest est visible. Des maisons du XIIIe siècle, il ne reste pas grand chose mais la trame demeure.

Trace d'un urbanisme orthonormé au niveau du pont. Pont de nos jours disparu et reconstruit plus en amont.
Une chose au moins est sûre, c'est le rôle de seigneur que joua assez tôt la famille des Panat jusqu'au début du XVIIe siècle. Les liens du village avec les deux lieux fortifiés que sont le "Castelas" et le château de Curvalle sont difficile à établir. 

Force est de constater à la lueur des archives, il est compliqué de localiser les lieux avec exactitude tant les confusions sont possibles. Un bel exemple nous est donné par l'église qui pourtant située à Plaisance s'est longtemps appelée jusqu'au milieu du XVe siècle Saint-Martin de Curvalle de Plaisance De quoi y perdre son latin... 

Tout un art : la callade 

La montée vers l'église se fait encore grâce à une callade (2) bien conservée. C'est assez rare pour le souligner et mériter une mesure de protection. La rue pavée se développe de façon circulaire et conduit au sommet de la butte. Le dispositif a du subir des réfections et répond que très peu aux règles de l'art.



Pavement du sol de la rue en pente au moment d'un virage. Il est constitué de galets de la rivière de calibre uniforme posés sur tranche ou sur champ si possible perpendiculairement à la pente.  Son assise semble être en terre battue. Il n'y a pas de mortier.




À gauche, le conducteur. Pour le reste, on fait avec les moyens du bord. Il est fort probable que la callade ait subie des réfections maladroites.


Les pierres posées sur tranche au départ d'une ruelle. Ici la proportion de galets n'est pas dominante.
D'autres éléments remarquables encore sont bien visibles telle une porte, typique de l'architecture fortifiée du XIVe siècle : la porte Saint-Blaise.

Face intérieure de la porte d'enceinte. Un des deux accès encore debout au-delà du fossé aujourd'hui comblé. Sont visibles la niche du saint protecteur en haut et la feuillure pour les vantaux. Comme toujours le sol du passage s'élève de l'extérieur vers l'intérieur. Elle est faite de galets mais aussi de grès ouvragés en provenance de la molière de Plaisance qui a fourni le matériau pour la restauration du baldaquin de la cathédrale d'Albi au début du XIXe siècle.

On note aussi la croix Saint-Eutrope du XVIe siècle. Sur la face intérieure, dans un cadre en forme de losange, le Christ. Sur la face extérieure, une niche probablement destinée à recevoir la Vierge. Celle-ci a disparu.

Dans la cohorte des saints guérisseurs, saint Eutrope soignait les "estropiés". Mais le champ de ses compétences semble encore plus étendu. Au XIXe siècle, les paroissiens se serraient devant le monument pour demander au saint sa protection contre les gelées tardives.


Croix dite "en raquette" mais qui ne l'est pas selon la terminologie classique utilisée (3)



Sur le haut : l'église Saint-Martin

Imposant clocher octogonal à deux étages.  À l'intérieur, à la croisée du transept, il existe une coupole sur trompe d'angle
Pour une partie au moins, les absides et le transept, l'église Saint-Martin remonte à la fin du XIIe siècle. Conçu sur un plan bénédictin à l'aspect massif remodelé à la période gothique pour la nef et les chapelles latérales. Qu'en était-il avant ?  Ici et là, des traces de remploi témoignent d'un bâtiment antérieur dont il est bien difficile de donner une idée un tant soit peu précise.


Sur le linteau d'une porte du bras du transept sud qui ouvre actuellement sur le cimetière, un tympan retaillé. Un chrisme gravé entre deux lions qui détournent la tête. Sur la hampe du rho (P) le S du Saint Esprit. Ce thème du Christ entre les lions est très anciens. Il apparait déjà dans les catacombes. On le retrouve en Espagne en Aragon à Jaca au tout début XIIe siècle.

 
Autre remploi. Méplat sur un voussoir, origine du linteau à l'intérieur de l'église. un lion crache encore une enroulement.

Au portail occidental, les voussures retombent sur des chapiteaux remarquables. Certains en forme de boule comme à Ambialet. Ces chapiteaux en place mériteraient à eux seul un ample développement mais c'est sur un détail encore plus singulier que je préfère porter notre attention.

En guise de tapis, un échiquier





Des noirs et des blancs. Impossible de dater la gravure bien sûr.
Jusque-là presque oublié, c'est celui d'un "plateau" d'échec entièrement gravé dans une dalle du chœur au sud. La grille bien visible forme un carré de 8 X 8 cases. Les noirs sont en relief, les blancs en creux. 


Les sources médiévales, et même modernes, sur les échecs sont limitées : les pièces trouvées en fouille sont peu nombreuses et la littérature délicate à interpréter (4).


Dans le Sud-Ouest de l'Europe, la Catalogne très en lien avec le monde musulman semble avoir été le premier foyer de ce jeu au milieu du Xe siècle. Il se diffuse à partir de cette zone. Sont modifiés peu à peu la forme des pièces (plus figuratives) et les règles du jeu.

Un passe-temps tout sauf populaire 

On sait que ce jeu est prisé par l'aristocratie. Selon Pierre Alphonse (fin XIe siècle), un juif converti et médecin d'Alphonse Ier d'Aragon, l'éducation du parfait chevalier comprendrait sept pratiques indispensables : équitation, nage, tir à l'arc, lutte, fauconnerie, poésie et les échecs. 

Il est peu pratiqué dans les milieux populaires, aussi on retrouve des échiquiers sur différents supports dans les châteaux. Le "perron" entre autres, constitue dans la littérature médiévale un lieu de prédilection. Des cas plus rares, dans des auberges et des cloîtres, sont mentionnés.


Il bénéficia d'une tolérance accrue de l'Église d'abord rétive. Dès le XIIe siècle, elle s'attacha a bien distinguer les échecs des jeux de dés et d'argent, eux proscrits. Les évêques y firent même parfois référence de façon positive dans leurs sermons.


Un jeu moralisé


Le jeu renvoie à l'univers de la sagesse, de la patiente. Il est au départ l’œuvre d'Ulysse puis d'Aristote. Tout le monde y trouve son compte la propagande royale, la culture courtoise.


Intéressant, il est possible de se servir des échecs comme d'une couverture aux yeux du droit canon pour perdre de l'argent. C'est le scacus ou dringuet qui permet de parier sur des couleurs.

La croix des Hospitaliers de l'Ordre de Malte : une succession de symboles à décoder

Pour finir, nous est présentée la croix de l'ancien cimetière du Saint Laurent des Hospitaliers de Jérusalem sise à Saint-Laurent, hameau situé sur les hauteurs de la commune.  Elle est à présent installée dans la nef de l'église. Une copie remplace l'originale sur les lieux.
Elle se trouve à proximité de l'entrée, on ne peut pas la manquer. Elle conserve le côté triomphal qui est sa vocation première.


La croix des Hospitaliers. ici, elle est pâtée et la forme peut s'inscrire dans un cercle.
Au cœur des pratiques dévotionnelles, ce spécimen remonte au XVe siècle et est orné de la fleur de lys et de la croix de Malte. Elle repose sur un socle de pierre par l'intermédiaire d'une longue colonne à pans coupés (octogonal). Son socle est un bénitier dont un orifice percé à un angle permettait au fidèle de passer la main pour signer avec l'eau bénite.

Sur la face antérieure à la jonction de la colonne et de la croix (stipe : montant vertical de la croix et fût de la colonne) figure une croix de Saint-André. À la croisée des branches (stipes et patibulum), une niche a été percée pour abriter une statuette de la Vierge. Sur la branche supérieure du stipe, une fleur de lys (représentation symbolique de la Vierge Marie en raison de sa blancheur: elle est un signe de pureté et de virginité). Au dessous de celle-ci deux lettres S et L. C'est l'abréviation de saint Laurent en écriture minuscule et majuscule gothique. Fleurs de lys et initiales de saint sont inscrites dans un encadrement dont le tracé est identique à celui de la niche. Dans le cartouche horizontal : "Roussel a fast la crotz





Cette association peut s'expliquer par la dévotion particulière que saint Laurent vouait à la Vierge. Sur sa face postérieure est gravée la croix de Malte qui rappelait l'ordre auquel appartenait les Hospitaliers.



Les règles de l'art de la callade
Pierre Mascaras 





Les "conducteurs" sont posés en premiers, ils délimitent les différentes zones de callades. Les pierres sont harpées et les joints de part et d'autre de la ligne conductrice doivent être croisés.


Harpage (alternance de pierres étroites et large disposition en carreau et boutisse) 


Les "pas de l'âne" sont des pierres longues, pas très larges de surface. Avec les conducteurs, elles structurent la callade. Elles doivent être enfoncées assez profondément, des deux tiers dans le sol quand elles forment des marches d'escalier pour éviter le déversement. Comme les pierres de remplissage, elles sont toujours posées perpendiculairement à la pente ou au sens de circulation du chemin. Quand il n'y a pas d'escalier, les pas d'âne se nomment boutisses, ils consolident la structure. la zone calanque contre deux boutisses ou pas d'âne s'appelle une coudée (60 cm).


Harpage et croisement des joints




Les pierres de remplissage, qui proviennent la plupart du temps des "clapas” (épierrement des champs), sont posées joints croisés et perpendiculairement à la pente pour éviter le ravinement et leur déchaussement. Ces pierres ne sont pas très grosses. Elle présentent une surface plate et idéalement une forme conique.


Notes

(1) - Plaisance est un toponyme typique de ces bastides de la dernière génération comme Plaisance-du -Touch ou Plaisance-du-Gers.

(2) - Compléments d'information(voir ci-dessus:l'art de la callade)

(3) - Il s'agirait d'une croix losangée, curviligne avec niche au revers du croisillon. Les extrémités sont fleuronnées de quatre cylindres écartelés entre eux. Le tout repose sur un fût prismatique adouci en cavet à sa jonction avec le croisillon. Le fût repose sur un socle massif octogonal s'évasant vers sa base et reposant sur un piédestal à un degré. Quant à la typologie il s'agit probablement d'une des variantes de la croix pattée dont les croix subdiscoidales étudiées par Maurice Greslé-Bougnol sont une autre variante .

(4) -  Nous nous appuyons sur Jean-Michel Mehl, Le jeu d'échec dans la société médiévale, Histoire antique et médiévale, hors-série, n° 33, 2012, ainsi que sur Luc Bourgeois, Introduction et mutations du jeu d'échec en Occident( Xe-XIIIe) dans Mathieu Grandet, Jean-François Goret, Échec et trictrac, Errance, Arles, 2012



dimanche 2 juillet 2017

Parlons de la maison Fenasse à Albi

La maison Fenasse

Un article de Yann ROQUES


Il y a quelques semaines à la suite du buzz sur la plus vieille maison d'Aveyron, j'ai proposé à l'Office de Tourisme d'Albi de faire connaître la maison Fenasse, superbe demeure du XIIe siècle. L'Office a accepté et nous avons alors lancé l'opération de communication. 

"Maison de Jeanne", Séverac-le-Château, à l'est de Rodez dans l'Aveyron, un bâtiment attribué au XIVe siècle
Je me suis occupé de l'historique du bâtiment et Julien, de l'Office de Tourisme, a renseigné des journalistes. Nous sommes passés à l'antenne de France 3 Région, au Journal d'Ici et nous avons fait la Une de La Dépêche



Voilà pour l'introduction du projet, venons-en au fait. 



Cette maison appelée "maison Fenasse" date du XIIe siècle. Elle est l'un des rares bâtiments civils de la période romane pour l'Occitanie (il n' y en a que deux dans le Tarn avec le pavillon d'Azalaïs à Burlats).


Entre la rue des foissants et la Rue Saint-Étienne, la maison Fenasse.

Cette construction présente un caractère monumental sous les traits d’une vaste demeure bourgeoise (19 x 23 mètres). Elle occupe trois parcelles de l’actuel plan cadastral. Bien que remaniée en brique au cours des siècles, elle témoigne de l’utilisation de la pierre calcaire en Albigeois à la période romane, pour des édifices de qualité.

Sur cet édifice, l'utilisation de la brique, d'un usage courant dans notre région à partir de la fin du XIIIe siècle ou du début du XIVe siècle, montre des reprises en sous-œuvre qui sont à porter au crédit des compagnons de l'époque. Ce sont des exemples évidents de leur maîtrise dans l'art de construire.


À l’intersection de deux rues, le bâtiment comportait trois étages avec un niveau supérieur à colombages. La façade la plus importante, sur la rue Saint-Étienne, témoigne d’un souci décoratif : le rez-de-chaussée se compose de deux grandes arcades, l’une en brique et l’autre en pierre, aujourd’hui partiellement murées. Ces deux arcs étaient probablement tous deux en pierre à l’époque médiévale et s’ouvraient sur un espace commercial (boutique ou atelier) donnant sur la rue Saint-Étienne, alors artère commerciale importante. Il faut rappeler que l'on entrait dans la cité par la Porte du Tarn et la rue de la Grand Côte. 

À l’étage, la baie romane qui subsiste témoigne d’un certain luxe. Elle appartenait à une série de baies qui éclairaient la pièce principale d’habitation, l’aula, et qui étaient reliées entre elles par un cordon mouluré. Cette baie comprend une large voussure amortie en boudin et en bandeau, qui fait apparaître les vides laissés par des éléments sculptés aujourd’hui disparus. 



L’archivolte comporte une moulure biseautée, ornée de palmettes et de rinceaux. Deux colonnettes à chapiteaux et bases attiques supportent l’arc en plein cintre. Le soin accordé au décor de cette partie de l’édifice traduit une volonté certaine de magnifier la puissance et la richesse du propriétaire. 

Baie romane au premier étage de l'hôtel particulier

À l’inverse, la partie qui s’ouvre rue des Foissants se caractérise par la sobriété du décor. La seule ouverture conservée, une porte donnant sur une artère secondaire, n’a reçu aucun soin particulier. Cette demeure répond à un type de “maison polyvalente” conçue pour répondre aux deux fonctions dominantes : résidentielle et professionnelle. 

La maison romane ou hôtel de Fenasse est un exemple des belles demeures du quartier des Combes et des berges du Tarn. La plupart des habitations de ce quartier, qu’elles soient en pierre comme la maison romane ou à pans de bois, font preuve d’une certaine opulence, car elles se dressaient sur des axes essentiels de la cité telles la rue de la Grand’Côte ou la rue Saint-Étienne.

Photographie de 1900 ou l'on voit la maison Fenasse avec la rue des Foissants à droite.



Ces rues, situées au débouché du Pont-vieux, seuls accès à la rive droite du Tarn, desservaient le centre commercial de la cité, en menant vers les couverts de l’ancienne place de la Pile, vers Sainte-Cécile et Saint-Salvi. 

Cet hôtel, de qualité exceptionnelle, appartenait à la famille Fenasse. Vers 1300, Guilhem Fenasse est le plus riche financier et usurier d'Albi. L'Inquisition le condamne pour hérésie et ce tribunal ecclésiastique confisque sa demeure au profit du frère de l'évêque d'Albi Béraud de Fargues, neveu du pape Clément V ! 

La propriétaire de la maison Fenasse nous a fait parvenir cette photo de 1900 ou l'on voit encore la rue des Foissants, détruite quelques années plus tard lors de la construction du marché couvert.

Nous sommes tous encore imprégnés par l'atmosphère médiévale de ce quartier particulier. 




jeudi 22 juin 2017

Vénérable mais si fragile: le dolmen de Vaour

Le dolmen de Vaour
Inquiétude

Samedi 29 mai 2017



 Secteur : Grésigne et Cordais


Commune : Vaour

Météo : beau ciel bleu



Participants : Christophe et Bernard A. rencontrent Odile ALÈGRE et Bernard HOLDERLÉ


Sites visités : le dolmen de Vaour
 
Voitures : Christophe et Bernard A.


Une reconnaissance ancienne

Portons notre attention sur un monument incontournable pour qui veut connaitre la Préhistoire tarnaise. Je veux parler du dolmen de Vaour dit "La Peyro"(1).

C'est le plus grand dolmen du Tarn coincé entre deux départementales, loin du village, et inscrit sur la liste des Monuments historiques dès 1889, il fut fréquenté à toutes les époques. On trouva des indices gallo-romains dans la chambre funéraire.

Pour ne parler que du domaine officiel, ce mégalithe a fait l'objet de deux grandes campagnes de fouilles. En 1984, avec Jean Lautier. Plus importante, en 1994 sous la direction de Bernard Pajot.

Le tumulus de forme trapézoïdale qui couvrait la tombe, à proprement parler, a aujourd'hui disparu comme dans l'écrasante majorité des cas. Ce tumulus consistait en un amas gigantesque de pierres. Restait, des plus précieux, les murettes de clôture en pierres sèches  qui délimitaient le périmètre du monument. Elles furent mises au jour lors de la fouille de Bernard Pajot (2).


Péril en la demeure des morts


Les murettes de clôture, c'est bien là que le bât blesse. Des inconnus peu scrupuleux grattent le sol en quête de je ne sais quoi de précieux. Il n'hésitent pas à défoncer le dispositif en partie remontée par les fouilleurs voilà plus de vingt ans. Il convenait de prévenir ce genre d'exactions. Il est à signaler que le sol sous la chambre a été bétonné à l'époque de Jean Lautier. Hélas, le reste de la zone demeure très sensible. Les images en témoignent.



Acte de vandalisme, côté montant latéral droit. A gauche vue de l'ouverture de la chambre funéraire.

Un trou au niveau des clôtures


Conformément aux recommandations de la DRAC, la mairie de Vaour a couvert de gravier tassé les alentours du dolmen. La pause d'un géotextile ne devrait pas tarder.

Couverture de gravier...




... en attendant mieux.



Réflexion pour le long terme

Autour du dolmen, reste à ce jour que les aménagements font défaut afin de mettre en valeur le monument. Ils se réduisent à une aire de parking gravillonnée. La DDE n'hésite pas quelquefois à déposer des encombrants. De par son isolement, toutes les audaces sont permises. Rappelons que le site est inscrit sur la liste des Monuments historiques.


Tous les partenaires sont alertés et  bien conscients de la situation : DRAC, CDAT, mairie de Vaour, Fondation du Patrimoine. À n'en pas douter, dans quelques années, les projets devraient fleurir. Les exemples ne manquent pas de mise en valeur de ces dolmens en France et dans notre région d'Occitanie.


Notes

(1) - Vous êtes invités pour la question des dolmens à vous reporter au commentaire de la Peyroseco de Roussayroles en mai 2016. http://capa-archeo.blogspot.fr/search?q=peyroseco

(2) - Voilà ci-dessous - à peu de chose près car sa forme est plutôt trapézoïdale que circulaire - ce que le tumulus offrait comme paysage il y a 5 000 ans. Aujourd'hui, ne nous reste qu'une partie de l'armature intérieure: le dolmen.



Sous le noir le dolmen, la murette en orange similaire à celle de Vaour.









Vues en coupe du dolmen de Vaour. Dessin de Bernard Pajot.