samedi 31 mars 2018

Le pseudo-tumulus du Frau à Penne



Un bien étrange monument sur un causse à Penne

Sortie du dimanche 18 mars



Drôle de fosse comblée par la végétation
Localisation du monument énigmatique. Carte IGN au 1/25 000

S'il est une curiosité remarquable, c'est bien celle du "tumulus" du Frau sur la commune de Penne. En résumé, une vaste étendue pierreuse peuplée aujourd'hui de petits chênes rabougris. Avant la guerre, l'espace était plus ouvert et consistait en des pâtures. Il suffit d'observer l'abondance des clôtures au nord est du site pour s'en convaincre.

En 1970, un article de la main de Jean Lautier(1) relate l'existence sur le plateau dominant la rive gauche de l'Aveyron, au-dessus du hameau de Courgnac, d'une structure insolite qu'Henri Bessac avait assimilé une vingtaine d'années auparavant à un tumulus(2).

En limite de clairière, le site en question est guère éloignée du hameau aujourd'hui abandonné des Grangettes.  Il jouxte un ancien chemin de Saint-Antonin à Penne dont l'intense fréquentation avant l'abandon de ces espaces voués à l'élevage ne fait guère de doute. 

État du lieu: hier et aujourd'hui

L'archéologue Jean Lautier dessina pour l'occasion le monticule et le décrivit ainsi: "un tertre à peu près circulaire de 18 m de diamètre et haut en son milieu de1,40 m. Assis sur un terrain calcaire en pente douce dans le sens NO-SE, il paraissait après défrichement plus elliptique par le fait d'un allongement de son talus artificiel côté ouest. Son périmètre de 57 m fut difficile à évaluer tant ses pentes se fondaient avec le modelé local du terrain boisé des alentours."

Sur ce, un sondage permis aux archéologues de distinguer plusieurs couches. Sous la terre végétale noire où poussaient des abrisseaux, ils relevèrent une accumulation d'éléments rocheux. D'abord de petites plaquettes calcaires mises à plat, puis des blocs informes et inégaux de belle taille.


Dessin de Jean Lautier vue du dessus et vue en coupe.

À cette occasion, on découvrit, enfoui, un fragment de petite serpe aujourd'hui disparu. Par ailleurs, dans les blocs gisait le squelette d'un petit bovidé.

Au cœur de ce dispositif en élévation, l'équipe de Jean Lautier repéra une fosse circulaire remplie de cendres sur plusieurs mètres. Un cendre grise et noire déposée en plusieurs couches.

La fosse profitant d'un creux de la roche(doline peut être) était ceinturée d'un muret de pierres sèches permettant une circulation commode. Enfin, des marches conduisait à l'est jusqu'au dispositif.

En bas, des blocs calcaires avaient subi une chauffe et portaient des traces de vitrification.

On ne remarqua pas de sole, pas d'os, pas de charbon seulement de 16 m3 de cendre végétale qui fut soigneusement tamisée.

En 2018, le monument est encore parfaitement identifiable.

Il est visible sous la forme d'un cratère. Le cône ayant été évidé lors de la fouille de 1967.

Photo du "cratère" actuel. Sur les côtés, des murettes circulaires cernent la structure. Un espace de circulation est probable autour du foyer. L'emprise de la végétation est visible.

Un escalier à degré droit de plusieurs marches, ici recouvertes de feuilles et dégradées, permet d'accéder à la fosse. Est-ce une ouverture vers la zone de chauffe?
Une raison d'être bien mystérieuse
 
Plusieurs explications sont possibles mais aucune ne remportent une adhésion unanime à cette heure et déjà à l'époque de Jean Lautier.

L'hypothèse d'un tumulus ou d'un dolmen semble à écarter. Rien ne correspond à un indice de structure funéraire. Rien n'indique non plus une fonction religieuse quelconque à haute époque. C'est manifeste.

L'idée d'un four semble bien sûr la plus probable. Cependant, l'absence de chambre de chauffe, de sole ou d'alendier, même à l'état dégradé, ne permet pas de rapprocher la structure de quelque chose de connu dans notre région(3).

Est-ce le résultat d'une volonté de conserver de la viande ou des denrées agricoles?

Les cendres de bois amassée permettaient-elles de fabriquer de la potasse si utile à beaucoup d'industries au XIXe siècle, voir avant ? (4)Trouver des éléments probants pour valider cette hypothèse est compliqué tant manquent les références en la matière.

Quel qu'il en soit, un plan de la structure peut encore être levé et des recherches menées aux alentours pour désépaissir ce mystère.


Notes 

(1)Jean Lautier, Un monument énigmatique du Frau de Penne, Revue du Tarn, 1970, N°57
(2)La présence de mégalithes et notamment de dolmens est avérée sur ce causse. Ainsi le dolmen  du Suquet au sud ou encore celui de Martres que nous avons pu admirer en chemin. Ne parlons même pas des nombreux exemples sur la rive droite éclairés par Bernard Pajot.
(3)Par ailleurs, le site semble éloigné de toutes autres installations artisanales. Mais cela reste à prouver.
(4)Les drapiers de Montauban, entre autres. Cette cendre servait par exemple à la fabrication du savon.

mardi 20 mars 2018

Exposition et conférence du CAPA

Une exposition et une conférence grand public à Albi:

Les malheurs des temps en Albigeois

Hôtel Rochegude 

Exposition: tout le mois d'avril

Conférence: le samedi 14 avril à 17h



dimanche 21 janvier 2018

Le Moyen Âge est sous la ferme: les petits souterrains du Ségala


Sortie du CAPA du samedi 13 janvier
Présents : Gilberte, Charlette, Louis, Christophe, Yann, Claudine et Philippe


Le Moyen Âge est sous la ferme : les petits souterrains du Ségala

Plan du souterrain de “La Brandié” à Paulinet levé par Louis Malet. 
Reste à dresser un plan topographique de la zone en question.
De petits hameaux, sur la commune de Paulinet qui couvre une partie des hauts plateaux dits des "Monts d'Alban", réservent - encore bien conservée - une série de souterrains ruraux qui remontent probablement à la période médiévale.

En bordure de talweg, le CAPA à pied d'œuvre devant l'accès du bas.
On doit à la perspicacité de Louis Malet leur prise en compte comme des monuments cruciaux à même de relater la vie dans les campagnes à des époques très anciennes. À force d'articles avec quelques autres, ils sont parvenus à placer au premier plan ces vestiges avant délaissés.

Dans la région à l'est d'Albi, leur homogénéité est reconnue. Ils partagent ensemble des caractères communs comme la faible ampleur du réseau. Ils présentent généralement une pièce unique et  se prolongent souvent à l'extérieur par une tranchée. Ce sont les souterrains "du Ségéla" qu'on différencie de ceux de la plaine du Tarn.

Nous ne reviendrons pas sur la discussion qui porte sur les usages de ceux-ci. Faute d'avoir été tranché, le débat a été présenté en http://capa-archeo.blogspot.fr/search?q=souterrain+cordes

En résumé, il s'agit pour les paysans, d'apprivoiser un milieu a priori hostile, concevoir une cavité unique pour stocker, à l'abri, les denrées précieuses de la ferme. Une cavité qui soit la plus accueillante possible aussi pour que les hommes qui la connaissent, y séjournent en cas de menace. 

Il semblerait aussi que le développement des systèmes de défense passive pour décourager les assaillants éventuels n'ait pas été le moindre des soucis des creuseurs.

"La Brandié", "Frayssinels", "Couterri", le CAPA visita ce jour-là les deux premiers, faute de temps.



Reconnaissance de l'ouvrage creusé de "La Brandié"


On le sait, la nature a horreur du vide. Des processus de comblement sont à l’œuvre mais l'ouvrage conserve vous pouvez le constater de beaux restes. Une désobstruction s'imposera peut être dans quelques années.
Après l'aimable autorisation de la propriétaire, Mme Tenedos, nous pénétrâmes dans l'ouvrage par le bas et remontâmes jusque vers la maison.

Les volumes ont été percés à la main dans le substrat local : un schiste violacé. Ce qui relève si ce n'est de l'exploit, au moins d'une détermination remarquable. L'ouverture du bas laisse supposer des aménagements à des périodes anciennes. Mal identifiable en 2018, une tranchée aujourd'hui à ciel ouvert encadrait l'entrée.


L'entrée telle qu'elle était encore en 1991. En 2018, la tranchée creusée est moins visible. 
Elle servait, entre autres, à évacuer les eaux.
Des traces d'outils sont observables sur les parois ainsi que des veines de quartz.

Impacts linéaires verticaux, traces d'outil, type "marteau taillant"
 À même le talus, le goulet est étroit et conduit aussitôt à une grande salle rectangulaire au profil voûté plein ceintre. Peu de chance, étant donnée l'humidité, pour que la pièce eut été véritablement habitée sur le long terme.


Le couloir de remontée, ponctué de marches taillées, passe sous la route actuelle et débouche à proximité d'un hangar. Le gabarit a été calculé au plus serré.


Phénomène généralisé de suintement. Rares sont les souterrains qui échappent aux inondations saisonnières. Des marches d'escalier, de hauteur inégale et irrégulières dans leur présence, épousent une pente de 30 %.


Sinuosité du parcours et dispositif de fermeture contre d'éventuel assaillants


Il est surtout marqué par une série de six segments coudés. Il semblerait qu'un impératif de défense ait compliqué la tâche des concepteurs. Il s'agit de placer l'intrus dans une position d'inconfort tel qu'il rebrousse chemin ; en quelque sorte, de freiner sa progression.

Un ventail plutôt qu'une « porte » était présent si l'on en croit la trace d'une feuillure et de rainures dans lesquelles on pouvait glisser un rondin. Sa présence, à proximité directe d'un angle, rend difficile son « défonsage » étant donné le peu d'élan dont disposait l'assaillant.


C'est vrai le président n'offre pas la plus belle partie de sa personne mais au moins démontre-t-il-l'impossibilté de se croiser dans la galerie. Des niches sont aménagées ici et là pour recevoir des luminaires.

Reconnaissance de l'ouvrage creusé de "Frayssinel"


À "Frayssinel", ce sont surtout les traces extérieures du souterrain qui ont retenu notre intention.


Le réseau du souterrain de "Frayssinel" relevé par Louis et, à droite, son entrée supérieure photographiée. Se découvrent,  par la suite, une dizaine de marches. Comme à "La Brandier", le couloir comprend 8 segments avec des coudes. La déclivité est forte.
La visite du réseau a montré qu'une laisse d'eau envahit progressivement la grande salle oblongue du bas. À terme, le souterrain risque d'être ennoyé car l'orifice se bouche. L'eau est prisonnière.

La tranchée profonde du bas (13 m de longueur, 3 m de profondeur) en extérieur est littéralement envahie par les feuilles et la végétation. La lumière ne pénètre presque plus dans le souterrain.
Par ailleurs, nous avons remarqué toute une série de traces d'aménagement autour de l'entrée (en haut) mais aussi de la sortie du souterrain, preuves fournies par les photos ci-dessous.

Bas flanc banquette sous corniche naturelle
Encoche pour une poutre de grande dimension.
Encoches diverses et variées proches de l'entrée au nord ,pouvant soutenir les madriers d'un plancher ou d'un toiture
Saignée en Y renversée.
Pour terminer, retenez qu'une conférence du CAPA sur les traces archéologiques des XIVe et  XVe siècles dans l'Albigeois portera - entre autres - sur ces souterrains. Elle est prévue le 14 avril 2018 au Centre Occitan Rochegude mais nous en reparlerons.